Marcel, Annie et les autres…..biffins !

Marcel, biffin parisien, a étalé sa marchandise, sous le pont du périphérique, Porte Montmartre.

 Descente de police et deux PV de 172 euros chacun :
Le premier (à 17h35) : « Vente de denrées non périssables sur la voie publique sans autorisation (friperie) »
Le second (à 17h40) : « Embarras volontaire de la voie publique ; emprise constatée 2 mètres sur 1 mètre, empêchant la circulation des piétons ».

Annie, qui touche 600 euros mensuels de retraite, fait les poubelles du 18e pour compléter ses revenus. Elle harangue les passants : « Allez, 3 euros l’imper. Quand il y a un bouton manquant, je les remplace tous, je recouds aussi… », explique-t-elle devant son petit tas de marchandises, une paire de bottines mauves, un livre, des sacs à main rétro… et même une fois des couverts en argent ! Elle a appris à survivre au harcèlement policier, à remballer fissa son barda. « Sinon, ça termine à la benne, ou dans les poches des policiers. Et puis, l’amende à 172 euros, je n’ai pas les moyens de la payer. »

Les biffins, -surnom tiré d’un vieux mot français désignant une étoffe – héritiers des chiffonniers, travailleurs précaires, jeunes ou retraités, combattent leur pauvreté en chinant, la plupart du temps dans les poubelles, des objets variés qu’ils remettent en état et vendent pour trois fois rien. Sèche-cheveux usagers, cassettes vidéo hors d’âge, piles électriques, chaussettes… Comme ils font commerce sans autorisation légale, la police débarque régulièrement, leur infligeant des amendes ou embarquant leurs objets dans des bennes à ordure. De plus, ils sont de plus en plus nombreux, jusqu’à mille vendeurs à la sauvette arpentant chaque jour les abords de Montmartre.

Depuis quelques années, ils se sont réunis en association « Sauve qui peut », pour réclamer un « carré » officiel de vente, ce qu’ils ont gagné depuis quelques mois. Une centaine d’emplacements, numérotés et matérialisés au sol à coups de peinture blanche, ont ainsi été créés. Des carrés d’un mètre vingt de côté octroyés aux biffins en fonction de critères géographiques et financiers. Le nombre de jours accordés est, lui, fonction du niveau de ressources des biffins. La gestion de cette action a été confiée à Aurore, une association de réinsertion. Les débuts n’ont pas été simples, il a fallu trouver des manières de dialoguer avec les biffins, les riverains, la mairie, la police, … Aujourd’hui, près de 270 biffins sont inscrits et se relaient en fonction des places disponibles. Les patrouilles de police sont toujours là. Mais dorénavant pour empêcher le recel, la vente de produits neufs ou illicites. Les biffins sont plus sereins,

Tous font remarquer qu’il sera difficile de revenir en arrière. Au XIXe siècle, les biffins bénéficiaient à Paris d’un statut officiel, en échange d’une immatriculation délivrée par la préfecture de police. Une mesure destinée à mieux les contrôler. Sans aller jusque-là, l’expérimentation devrait être renouvelée l’année prochaine.

Claire Exertier (Paris).

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