Guignolée : formation ou désinformation ?

Au cours du mois de décembre qui vient de s’écouler, deux événements ont, entre autres, retenu mon attention. Apparemment, ils n’ont absolument aucun lien, et pourtant….

La sortie du film de Darren Aronofsky, Black Swan, qui traite du milieu de la danse. Lors de diverses entrevues, j’ai entendu la principale actrice, Natalie Portman, expliquer toute la préparation et la difficulté de son rôle : « La formation a commencé un an avant le film à raison de deux heures par jour. Puis nous sommes passés à cinq heures quotidiennes. Les deux derniers mois de tournage, je prenais huit heures de cours journaliers. Mon corps était dans une douleur constante ». Huit heures de cours par jour pendant deux mois, pour un rôle ! Formidable de pouvoir ainsi s’immiscer dans la vie des danseurs, pour la rendre plus réelle.

La guignolée des media : au Québec, la guignolée est un temps, juste avant les fêtes de fin d’année, où des milliers de bénévoles ramassent argent et denrées non périssables pour venir en aide aux démunis. Cette quasi institution cherche à s’améliorer d’année en année et depuis quelques temps, media, artistes et personnalités diverses se mobilisent eux-mêmes et mobilisent toutes les radios, télévisions, journaux, magazines pour que le résultat soit plus percutant. Et du jour au lendemain, journalistes, artistes et personnalités se mettent à parler de la pauvreté, enregistrent des messages.

Pour tourner un film, un artiste se prépare pendant un an plusieurs heures par jour, et huit heures par jour pendant deux mois. Pour parler de la pauvreté, de VIES entières détruites par la misère et l’exclusion, c’est du jour au lendemain ! Et c’est ainsi que l’on entend des messages dire que la guignolée « aide les gens dans le besoin à retrouver l’autonomie et la dignité ». Associer guignolée et dignité, n’est-ce pas de la désinformation ? Osera-t-on donner un jour la parole à eux et celles qui sont obligés de les fréquenter ? Oui, cela les aide peut-être très provisoirement, mais cela ne compense en rien la honte et l’humiliation d’y avoir recours, la culpabilité qu’ils vivent face à leurs enfants qu’ils ne peuvent faire vivre et auxquels ils sont obligés de refuser toute demande. Associer guignolée et autonomie n’est-ce pas aussi de la désinformation ? Les guignolées ont toujours lieu début décembre. Et début décembre ( le 10 pour être exacte ) c’est aussi l’anniversaire de l’adoption de la déclaration universelle des droits de l’Homme par l’ONU. Autant les media célèbrent l’assistance, la dépendance, la gestion de la pauvreté que représentent les guignolées, autant ils se montrent très discrets sur la misère, violation des droits de l’Homme.
Peut-être parce qu’ils n’ont pas pris une année de préparation, et huit heures par jours pendant deux mois pour se former à ce qu’est la pauvreté et surtout ce qu’est vivre dans la pauvreté ? Et en parlant des media, des artistes etc… c’est en fait une question qui se pose à chacun d’entre nous : sommes-nous prêts à nous former, à  apprendre la réalité de la pauvreté, de la misère afin d’arriver à la détruire et non à la gérer ?

Bernadette Lang – Montréal ( Canada )

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