Corruption au décodage

Du 10 au 13 novembre,  la ville de Bangkok accueillait la 14ème  conférence internationale contre la corruption sur le thème : “ Restaurer la confiance : une action globale pour la transparence.”

La corruption existe dans chaque pays et la Thaïlande n’est pas épargnée. Juste avant cette conférence, un sondage a été réalisé par l’université de l’Assumption de Bangkok. Il révélait que sur les 1,349 familles sondées dans 17 provinces, 90,1 % pensent que les fonctionnaires et agents de l’Etat sont corrompus.

Mais le plus inquiétant est que 76,1 % semblent enclins à tolérer la corruption à partir du moment où leur prospérité et leur bien-être sont protégés. Ce résultat laisse craindre une résignation face à la corruption, considérée aujourd’hui, par certains, comme partie intégrante de la vie politique thaïlandaise.

En ouverture de cette conférence, le premier ministre thaïlandais, Mr Abhisit Vejjajiva, reconnaissait :

Les citoyens doivent être conscients qu’il n’existe pas de bonne corruption. (…) Le problème ne pourra jamais être résolu si tout le monde  en soutien  sa pratique.”

De nombreux universitaires thaïlandais disent que la corruption du pays est liée à son évolution sociale et au «système de patronage», vestige du passé féodal. Ainsi, en réaction aux injustices dont est victime le peuple, des thaïlandais engagés dans les mouvements réformateurs s’insurgent :  « Ceux qui mènent le pays ont la richesse et le pouvoir. Ils se considèrent comme les «pseudo seigneurs féodaux» du passé, ce qui les rend fondamentalement «intouchables» ou au-dessus de la loi. »

Plusieurs experts s’accordent à dire que, pour éradiquer cette corruption, les « élites » du pays devraient monter l’exemple, en cessant les abus d’influence dans l’utilisation de l’argent des citoyens,  dans les lois, les tribunaux, les postes de haut niveau bureaucratique, les actifs de l’État, les biens nationaux, etc… et cela en échange de «loyauté» et de «respect».

En 2004, les permanents d’une ONG avaient constaté qu’une partie du budget prévu pour un projet de développement dans un quartier pauvre avait été détourné par son leader, pour son usage personnel. Afin de révéler cela, l’ONG avait donc invité l’ensemble des familles de ce quartier à une réunion. Après avoir exposé et reproché les faits au leader, les permanents de l’ONG furent pris à partie par la majorité des familles. Le leader ne fut aucunement entaché par ces révélations. La loyauté et la confiance des familles de son quartier lui restaient acquises.

Il faut savoir qu’autrefois souvent le leader dans un quartier ou un village pauvre de Thaïlande était  respecté en raison de sa connaissance des usages, coutumes et des rites traditionnels protecteurs. Ils assumaient trois missions prioritaires :

  • régler les conflits dans le quartier
  • régler les problèmes avec la police locale
  • faciliter l’accès à un travail

 Mais depuis une trentaine d’années, le leader est surtout jugé pour sa capacité à faire bénéficier le plus grand nombre de familles de son quartier des programmes gouvernementaux ou autres projets d’organisations extérieures au quartier. Ainsi, l’enrichissement personnel du leader est communément accepté si, conjointement, ce dernier sert aussi les intérêts des familles de son quartier.

Alain Souchard  – (Sisaket, Thaïlande)

 

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