Impossible transmission ?

Fin octobre, un ami et moi sommes allés rendre visite à la famille de Madi, (un jeune que nous connaissons bien et qui vit dans la rue) à une centaine de kilomètres au sud de Ouagadougou.

Après le partage de l’eau de bienvenue, la conversation s’est engagée avec le papa. Celui-ci nous a avoué qu’il ne savait pas lire, mais qu’il avait envoyé ses enfants « fréquenter » l’école « pour leur permettre de mieux échanger avec le monde. » Il a ajouté qu’il faisait le même travail que les forestiers et les infirmiers : comme « tradipraticien », il connaît les arbres et les défend, il soigne aussi les gens avec sa connaissance des plantes.

Son fils, Madi, nous avait expliqué qu’il avait quitté son village suite à une violente altercation avec son père : alors qu’il cultivait en tirant le bœuf, celui-ci lui donnait de tels coups de têtes que Madi était rentré chez lui en disant qu’il ne voulait plus travailler. Une telle affirmation était irrecevable pour le papa… Derrière le départ de l’enfant pour la ville, il y a une difficulté de transmission entre un père et son enfant. Cette difficulté est en partie liée au fait que le savoir traditionnel est rendu caduc par celui de l’école, que le mode éducatif des parents paraît irrecevable pour les nouvelles générations…

Cela m’a fait penser à cet autre papa dont l’enfant avait quitté un apprentissage certes difficile, mais prometteur, pour mener une activité plus lucrative en ramassant le fer dans les rues de Ouaga, et qui me confiait : « Quand il y a l’argent, les enfants n’écoutent plus leurs parents. » Comment écouter ses parents alors que l’argent pour se nourrir et se vêtir est à portée de main et que, comme on dit, « à la maison, le chat dort dans le fourneau »

Néanmoins, certains jeunes savent rendre féconde cette tension en sachant prendre appui sur les repères hérités de leurs parents pour bâtir leur avenir : « Parfois mon père vient avec la faim et il nous trouve avec la même faim. Alors on se taquine. » témoignait Sylvie lors de la dernière Journée mondiale du refus de la Misère. (…)Quand je pars à l’école, parfois mon père n’a rien à me donner. Les amis disent de venir chez eux manger. Mais je leur dis que j’ai déjà mangé. Même si j’ai faim, je respecte mon père. » Il y a dans ce rapport à sa propre dignité quelque chose de profondément lié à la culture d’ici, quelque chose qui s’enracine dans les générations précédentes. Et si les jeunes expérimentent qu’ils peuvent s’appuyer sur cette dignité héritée de leurs parents, sans doute sauront-ils appréhender les changements sociaux de manière à ouvrir un chemin d’avenir qui leur est propre

Guillaume Charvon (Ouagadougou, Birkina Faso).

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s