Paroles de jeunes… « décrochés »

Les lycéens viennent de faire irruption cette semaine en France dans les manifestations contre la réforme des retraites. « Mais qu’est ce qu’ils en ont à faire ? » s’interrogent les uns. « Avant de penser à la retraite, ils feraient mieux d’apprendre et d’aller bosser » maugrée un autre. Justement. On ne peut les accuser de courte vue. Pour l’un de ces très jeunes manifestants, c’est évident : «plus les anciens restent dans l’emploi… moins il y aura de place pour nous ! »

Cette réorganisation sociale pose des questions de fond. Qu’est ce qu’une société qui ne mise plus sur sa jeunesse ? Les jeunes cumulent les précarités dans bien des domaines : logement, santé, formation, chômage. Un emploi, ou, à tout le moins, une formation qui donne une perspective d’emploi : c’est le rêve de milliers de jeunes ! Un million de jeunes demandeurs d’emploi au travail… et la question des retraites serait réglée pour l’essentiel.
Ils sont plus de 160 000 chaque année à quitter le système scolaire sans diplôme et sans formation. Une catastrophe nationale par an. Après les avoir baptisés du nom de « décrocheurs », les pouvoirs publics viennent de charger une mission spécifique en lui demandant de réfléchir à des propositions à leur égard… Mais on ne remettra pas pour autant en question le système éducatif lui-même…

Que font-ils ? Rencontrés samedi dernier lors d’une université populaire quart monde#  sur le thème de « quelle insertion professionnelle pour les jeunes » plusieurs d’entre eux# se sont exprimés en ces termes.
Denis : « j’ai quitté l’école sans rien. Pendant deux ans, j’ai travaillé dans un fast-food jour et nuit. Au début, j’étais tellement fier de rapporter la paie à la maison ! Et puis ça s’est dégradé. J’ai eu le sentiment de me faire avoir. Je devenais l’esclave. On m’a promis une formation que je n’ai jamais eue, c’était toujours pour plus tard. Et là je viens de prendre une grande décision : je retourne en formation. Je veux devenir aide-soignant ».
Isabelle est en seconde technique. Ce n’est pas ce qu’elle voulait. « On ne m’a pas demandé mon avis. Moi je voulais m’occuper d’enfants. J’y vais à contrecœur. Quand ce sera fini, je recommencerai une formation d’aide puéricultrice.». Christian, 23 ans, c’est un courageux ! Depuis trois ans il cumule les boulots « au noir ». « Bien obligé » dit-il. Il vient de trouver un emploi dans une grande surface, à 10km de chez lui. Mais pour être au travail à 5h du matin, avant l’ouverture du magasin, il se lève à 3h parce qu’il n’a comme moyen de locomotion que son vélo. Et cela par tous les temps. Les autres en sont admiratifs. Et le mercredi, il entraine bénévolement les poussins du club de foot (soccer) de sa commune.

Josée, 21 ans, sort de la mission locale de sa commune: « c’est la quatrième fois que j’y vais et pour la quatrième fois on ne me propose rien d’autre qu’une « remise à niveau ». Même pas un stage, même pas une formation… Il n’y a plus d‘argent pour les formations. Je n’en veux plus de ces remises à niveau !».
«Les entreprises ne veulent pas de nous, dit Kevin. Elles demandent qu’on ait une expérience professionnelle. Mais comment avoir une expérience si on ne peut même pas démarrer ? » Il ajoute : « on ne veut pas de nous. Ils ont peur qu’on prenne leur place ».
Et Carole, 17 ans,  de conclure : « de toute façon, l’avenir c’est nous ». Inéluctablement !

Pascal Percq – Paris (France)

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