Il y a quelques mois, j’ai passé plusieurs jours à Calais (ville portuaire dans le Nord de la France) aux côtés des bénévoles de l’Association Salam, qui soutiennent et distribuent chaque soir un repas chaud aux centaines de migrants qui ne cessent d’affluer sur les côtes du littoral, avec l’espoir de traverser la Manche pour arriver enfin en Angleterre.

J’ai été frappée par ces quelques femmes, ces enfants (rares, heureusement) et surtout ces centaines d’hommes beaux, jeunes, qui venaient de parcourir des milliers de kilomêtres avec une force et un courage incroyable, avec des histoires, des confessions, des langues différentes mais partageant tous ce même rêve : rejoindre le Royaume-Uni.

Je voulais donner la parole à l’un de ces bénévoles, que j’appelerai Pierre :

« Que peuvent-ils bien se raconter ces deux bouts de choux sur ce terrain calaisien, attendant leur repas avec leurs parents ?

Peut-être tout simplement que l’un habitait à Bagdad.

Que la vie y était trop dangereuse. Que des cris, des bruits lui faisaient peur.

Qu’il ne pouvait pas jouer dans la rue.

Mohamed a laissé ses jouets, sa chambre.

Il a suivi son papa et sa maman sur la route de l’exil.

Ali, lui, vivait à Kirkouk ( au Kurdistan nord-est de l’Irak).

Son papa avait un magasin mais la vie là-bas aussi était impossible.

Tous les jours des gens mouraient, victimes de la violence. Des femmes, des enfants étaient kidnappés et relâchés si la famille avait l’argent nécessaire pour payer la rançon. Sinon…

Les soldats américains patrouillaient la nuit et tiraient sur tout ce qui bougeait. C’était bien trop souvent sur des civils innocents.

Ces deux familles ne se seraient pas rencontrées en Irak. Impossible pour un Kurde d’aller à Bagdad et aussi impossible pour un habitant de Bagdad de se rendre au Kurdistan.

Tous les chemins mènent à Calais. Ces deux familles se sont rapprochées, sur le terrain vague où elles peuvent recevoir un repas. Elles se sont épaulées, se sont échangé des conseils, se sont réconfortées.

A Calais, plus de frontières entre les humains mais la solidarité n’est-elle pas internationale ?»

Claire Exertier (Paris, France)

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