La fausse solution rurale

A quelques dizaines kilomètres de la grande ville, chaque année fin mai, les habitants permanents d’un camping rural sont priés d’aller voir ailleurs : les vacanciers arrivent ! Un tel sort est partagé par bien d’autres occupants de campings à travers le pays.

Même s’ils constituent un revenu permanent appréciable pour les loueurs d’emplacements de camping, ces occupants n’ont pas droit à la considération en été : ils feraient « tache » au milieu des touristes.

Ni roms, ni gens du voyage, ces familles qui n’ont d’autre solution de logement que leur caravane ou la location d’un mobil home à l’année, quittent le terrain et se débrouillent comme elles le peuvent, hébergées quelques temps chez l’un, chez l’autre. Elles viennent ainsi grossir le nombre des personnes en errance. Pour d’autres, la caravane changera simplement d’emplacement de quelques centaines de mètres, pour s’installer durant l’été à l’orée du bois avec l’accord d’un agriculteur tolérant. Les gendarmes ferment les yeux.

Beaucoup de campings ont ainsi cette fonction de logement social de fait. « On y est bien, il y a tout ce qu’il faut, c’est un peu cher mais on se connaît tous » confiait l’un de ces habitants. Pas question de revenir « en » ville. Le sentiment de liberté, la crainte de la violence urbaine voire du contrôle social les jettent à l’écart de la grande ville.

Alors que les sociologues se penchent avec intérêt sur cet « exode urbain »[1] symptôme de la maladie des villes qui frapperait les classes moyennes avides de vie au grand air, peu d’études font cas de cet exil forcé de familles pauvres. La vie à la campagne n’est pas forcément une solution miracle : la pauvreté en milieu rural est parfois plus terrible encore qu’à la ville. Un récent reportage en Hérault en témoigne[2]. L’isolement, l’absence d’un réel accompagnement social, de services collectifs peuvent pénaliser les familles notamment en matière de santé et d’éducation.

Parfois idéalisée face à l’anonymat de la grande ville, l’idée d’une vie rurale qui serait plus conviviale et solidaire est un leurre. La campagne n’est pas le remède aux maux de la ville. C’est bien le « vivre ensemble » qui constitue le même défi d’une même société qu’elle soit urbaine ou rurale. Sommes-nous capables de le relever ?

Pascal Percq (Paris, France)

1 Pierre Merlin -« L’exode urbain. De la ville a la campagne de Pierre Merlin. Etudes de la Documentation Francaise »

2 Exode urbain, exil rural: http://www.monde-diplomatique.fr/2010/08/ELIE/19531

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