Vitrine d’une démocratie

Lors de mon passage en France en juin dernier, chaque rencontre était une interpellation sur la situation politique en Thaïlande. Mes interlocuteurs gardaient en mémoire, les manifestations ensanglantées des chemises rouges. Ils se souvenaient de ce mercredi noir du 19 mai dernier où les leaders des chemises rouges avaient appelé à la fin du rassemblement. En réaction à cet appel des affrontements et la destruction de nombreux batiments avaient eu lieu sur Bangkok et en dehors de la capitale.

Au lendemain de ce mercredi noir, la majorité des bangkokiens souhaitaient le retour à la normale. Une passante avait ainsi réagi : “ J’aimerais voir des thaïlandais qui s’aiment, non des thaïlandais qui s’entretuent. Si les thailandais ne croient pas en eux-mêmes, qui croira en eux ?”

Suite à cet épisode sanglant, toutes les composantes de la société thaïe, tous partis politiques et couleurs de chemises confondues reconnaissaient la nécessité de réformes profondes pour lutter contre les injustices sociales et la distrimination. Dans le même sens, le gouvernement de Thaïlande appelait, par différents medias, le peuple à la paix, à la solidarité et à la reconciliation nationale.

Une thaïlandaise engagée dans des projets de développement dans des quartiers pauvres m’avait alors partagé son analyse de la situation : Ceux qui ont le pouvoir sont trop loin de la souffrance des paysans sans terre, des victimes des catastrophes naturelles, sans oublier ceux enfermés dans le cercle vicieux du malheur, ces hommes, ces femmes et ces enfants marginalisés de la société. Ceux qui ont le pouvoir sont trop loin des quartiers où le peuple survit sans le droit à la dignité dû à tout être humain.”

Et d’ajouter : Les conflits dans la société thaïlandaise ne font qu’accroitre le fossé entre les riches et les pauvres.. Dans l’avenir ce seront encore ces derniers qui souffriront encore plus des injustices et de la discrimination. Qui voudra encore leur arracher la peau qui leur reste sur les os ?”

Cependant, il n’est pas encore trop tard pour le peuple thaïlandais de rechercher les racines, les causes réelles du disfonctionnement de sa société. Mais, dans une société où le système de patronage (Patron-Client) régit les relations entre les personnes surtout en milieu rural, les programmes gouvernementaux populistes des dix dernières années n’ont pas permis (à l’exception de la carte santé universelle) de réduire les disparités et inégalités. Au contraire, ces programmes ont trouvé avec ce système “légitimé” par la loyauté des pauvres envers ceux qui ont le pouvoir de l’argent, le terrain propice à l’accroissement de la corruption.

Dans la réalité d’aujourd’hui, la majorité des thaïlandais estime que de nouvelles élections ne permettront pas à la Thaïlande de lutter efficacement contre la corruption ni de faire face aux autres problémes sociaux.

Par conséquent, le peuple de Thaïlande doit trouver son propre chemin de réformes et de réconciliation vers une démocratie légitime – pracha dhamma – (démocratie et justice) ancrée dans le respect de ses valeurs : metta karuna (compassion), solidarité, compromis et respect de la dignité de tout être humain quelque soit sa position sociale.

Alain Souchard, Sisaket (Thaïlande)

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