Je ne savais pas ce qu’était sa vie…

Par respect de sa dignité, je ne peux dévoiler ici son identité. Mais je veux parler de lui.

Il fréquente l’école primaire du centre d’actions éducatives et sociales dans lequel je travaille. J’avais remarqué ses retards plus que répétés à l’école et ses sommeils en classe. J’essayais de m’expliquer ces attitudes. Cependant j’étais loin d’être proche de la dure réalité qui meublait le quotidien de cet enfant. Je ne savais pas ce qu’était sa vie.

Un matin où je me tenais dans la cour de l’école, j’ai vu notre bonhomme arriver. Il avait près d’une heure de retard. Je me suis dit que c’était l’occasion idoine pour lui en souffler un mot. Quand je me suis adressée à lui, il m’a lancé un de ces regards qui veulent dire : si seulement tu savais ! Puis il m’a dit : Madame, ce n’est pas facile pour moi. A la maison c’est dur. Et parfois il faut aider beaucoup avant de venir à l’école.

Après un bref entretien et un peu de réticence de la part de mon interlocuteur, nous avons convenu qu’à la fin de la journée de classes, j’irai avec lui voir sa grand-mère pour discuter avec elle de sa situation. Aussi les classes terminées, nous nous sommes mis en route. Des minutes de marche après, nous étions arrivés.

L’état d’une maison révèle beaucoup de choses sur les autres aspects de la vie d’une famille, sur ses défis et sur ses forces. Un cadre de vie indécent est un sérieux obstacle à l’épanouissement. Ce garçon habitait avec sa grand-mère  et cinq autres enfants, dans une pièce unique qui servait à la fois de salon, de cuisine et de chambre. Les murs déjà obliques de la maison étaient faits en terre battue et truffés de trous qui laissaient voir l’intérieur de la maison. Non loin d’habitations où on avait l’électricité et l’eau, ici on s’éclairait à la lampe à pétrole et on devait aller des kilomètres plus loin pour chercher de l’eau.

Je fus ainsi rapprochée de la dure réalité qui était celle de cet enfant et de sa famille. Je pris le temps d’une causerie avec la grand-mère et je fus davantage éclairée.

En reprenant la route pour rentrer, je n’ai pas pu m’empêcher de me dire qu’il y a des misères qui sont pires que d’autres. La situation de cette famille m’a rappelé ces paroles de Primo Levi : « vous qui vivez en toute quiétude bien au chaud dans vos maisons, considérez si c’est un homme, celui qui peine dans la boue, qui ne connaît pas de repos, qui se bat pour un quignon de pain. N’oubliez pas que cela fut. »

Jeanne Veronique Atsam (Cameroun)

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