Grandeur de ces petits riens de la vie

En avril 2009, dans la petite ville de Sisaket dans le nord-est de la Thaïlande, une nouvelle famille est arrivée dans notre voisinage. Rian, un homme de trente ans, est originaire d’un village du centre de la province de Sisaket. Son épouse, Lamyai, vingt quatre ans, est originaire d’une ville au bord de la rivière Mekong. Rian est de culture khmère et Lamyai est de culture lao. Tous les deux sont très fiers d’être thaïlandais.

A leur arrivée, ils avaient deux enfants, Jek huit ans et Chompu quatre ans. Dans une des six maisons de notre voisinage, ils louaient le rez-de-chaussée. Rian a réussi à trouver un empl oi de vendeur ambulant de glaces.

Puis Lamyai est devenue enceinte. En octobre 2009, Rian a du laisser son chariot de vendeur de glaces. Il s’est alors fait vendeur de brochettes de viande et de carcasses de poulets. Après un mois, il est allé travailler dans une fabrique de boules de viande pour soupes chinoises. Souvent, il devait commencer son travail très tôt le matin. Il ne rentrait que tard le soir. Comme toutes ses heures supplémentaires ne lui étaient pas payées, il a préféré quitter cet emploi et reprendre son ancien travail de vendeur de glaces.

Le 10 décembre 2009, toute la famille a quitté Sisaket pour l’accouchement de Lamyai à l’hôpital de Khu Khan. Cet hôpital, assigné par sa carte santé, devait prendre en charge tout l’accouchement. Mais en raison d’une tension artérielle trop forte, Lamyai a été refusée dans cet hôpital. Aussi ils ont dû faire en plus une quarantaine de kilomètres en moto vers l’hôpital général de Sisaket. Lamyai accouchera enfin d’une petite fille au doux petit nom de Bay Toey. Mais l’accouchement n’a pas été pris en charge par sa couverture sociale. Aussi la famille a dû payer huit mille bahts soit environ cent soixante quinze euros. Fatiguée et au bord de la crise de nerf, Lamyai a supplié les infirmières pour que les frais d’hospitalisation soient réduits de moitié. La demande de Lamyai a été acceptée par l’hôpital.

De retour chez eux, Rian donnait chaque jour à Lamyai cinquante bahts (soit environ un euro) pour tous les repas de la journée. Malgré les exploits de Lamyai pour assurer les repas des enfants, certains jours ils pleuraient d’avoir encore faim.

En avril 2010, comme les dettes se multipliaient, Rian, Lamyai et leurs trois enfants sont partis de Sisaket pour aller à Chong Mek. Ils habitent maintenant chez la soeur de Lamyai. Rian travaille sur un chantier de construction. Quand à Lamyai, elle aide sa soeur à vendre des soupes de nouilles. Cette année, le 10 mai, leurs enfants Chompu et Jek ont fait leur rentrée des classes comme des millions d’enfants de Thaïlande.

Alain Souchard – Sisaket (Thaïlande)

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