Les plus pauvres, laissés pour compte de la gestion de crises dans la durée…

Ces deux dernières années ont été marquées par de nombreuses catastrophes naturelles à travers le monde. Séisme par ci, inondation par là, tremblement de terre…….

Au Burkina-Faso, une pluie diluvienne s’est abattue sur le pays faisant de nombreux sans-abris, surtout dans la capitale Ouagadougou. La population, les ONG, les organisations de la société civile, les organismes internationaux ont répondu à l’appel à la solidarité lancé par le Président en mobilisant plus de dix milliards de francs CFA (soit environ 1 526 700 euros) pour venir en aide aux sinistrés et réparer les infrastructures endommagées.

Pour gérer la crise, le gouvernement a pris comme mesure de donner des parcelles de terrain, des matériaux de construction et de l’argent aux sinistrés.

Un article du quotidien Le Pays, du 26 au 28 mars 2010, rapporte le cas de cette veuve d’une quarantaine d’année et mère de sept enfants, sinistrée du 1er septembre.

« Le travail de cette pauvre dame était de ramasser le sable afin de le revendre pour nourrir sa famille. Sept mois après les inondations, elle raconte : ‘‘Ma maison était à Boulmiougou et est tombée avec les inondations. On nous a amenés au lycée Vénégré, puis au terrain de l’hippodrome. C’est là que l’on nous a dit de venir chercher nos parcelles le 15 janvier. A l’arrivée de l’échéance, on nous a dit de revenir le 15 février. Quatre à cinq jours plus tard, j’ai eu l’indication de ma parcelle .Je suis alors venue m’installer ici à Yagma ( 10 kms plus loin, ce qui, à pieds, sous le soleil, n’est pas rien ) . Pendant 12 jours, je dormais à l’air libre, mangeant avec l’aide des gens. Le douzième jour, nous avons fait un long rang pour recevoir les 50 000 francs CFA (soit environ 76 euros), les tôles, le ciment et un moule donnés par l’Etat. Je suis ensuite allée à la tente où la croix- rouge donnait des tentes. On m’y a dit que je n’avais pas mon nom sur leur liste. Je suis allée voir le chef de la Croix-Rouge qui a démenti.

Je suis ici et mes enfants sont au village. La Croix-Rouge m’a donné deux sacs de sorgho que j’ai déposés chez moi. Si un ami ou un proche parent me donne un peu d’argent, je vais moudre les grains pour que mes enfants en fassent du couscous. C’est avec les 50000 francs CFA que l’Etat m’a donnés que j’ai réglé la scolarité d’un de mes enfants qui fait le CM1. C’est également avec cette somme que je me nourris et ai payé le transport des matériaux de construction jusqu’à ma parcelle. Je creuse présentement pour extraire les cailloux qui vont servir à la construction de ma maison.’’ »

Cette femme, coupée de son environnement, de son cadre de référence, de tout son réseau social, de ses enfants, reste toujours sinistrée parce que l’aide n’a pas tenu compte de sa réalité.

Ce témoignage est valable partout ou il y a des sinistrés ou victimes. En Haïti, on a vu des images à la télévision où l’on larguait des vivres et c’était la raison du plus fort qui était la meilleure. Pendant ce temps, d’autres se spécialisent dans la gestion des catastrophes se créant ainsi des emplois. D’autres encore cherchent à profiter de la situation.

Une approche qui impliquerait largement les bénéficiaires, une présence avec eux et une synergie d’action entre les différents intervenants ne seraient-elles pas mieux pour préserver la dignité de tous ?

Justin Compaoré (Burkina Faso)

 

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s