Les pauvres et le droit au logement

Cinq mille maisons détruites en 2 ans à Yaoundé, capitale politique du Cameroun. Voilà le bilan dressé par la société civile locale et mentionné dans un article paru dans le quotidien camerounais Repères.

La ville de Yaoundé est secouée depuis plus de deux ans, par des opérations de déguerpissement et de rasement de quartiers entiers. Ces dernières ont touché une dizaine de quartiers de la ville. Initiées par la mairie de la Communauté Urbaine de Yaoundé qui prétend vouloir embellir la ville, elles constituent une violation flagrante des droits de l’Homme. Et pour cause, les populations qui en sont victimes sont très peu averties sur les décisions de rasement de leur quartier et ne bénéficient, par la suite, d’aucune mesure de recasement et encore moins de subventions. Et pourtant, il existe un droit universel au logement, mentionné dans le pacte international des droits économiques et sociaux que notre chère patrie a ratifié. Par ailleurs, ces opérations sont très souvent accompagnées de brutalités verbales, d’agressions morales et parfois physiques, d’atteintes flagrantes à la dignité des personnes délogées.

Le lecteur a dû le deviner, les quartiers concernés par ces opérations sont les refuges d’êtres partageant une terrible misère : les bidonvilles. Qui oserait, en effet, aller perpétrer un tel saccage dans les quartiers chics de Yaoundé  ( alors qu’il y en a des tas qui piétinent le plan d’urbanisation de la ville de Yaoundé ) ? Et pourtant ces bidonvilles, malgré leur précarité, ont vu naître, ont hébergé et vu mourir tant de compatriotes qui n’étaient pas moins camerounais que moi et les autres. Leurs habitants n’ont nulle part ailleurs une autre terre d’attache. Ces bidonvilles étaient leur chez eux, jusqu’à ce que la mairie de Yaoundé décident de les déloger et de faire de leur population des sans-abri, des sans droits et des personnes aux lendemains encore plus incertains. A ce jour en effet, la mairie de Yaoundé a démoli plus de 5000 maisons, mettant près de 8000 familles dans la rue, sans aucune mesure de recasement. Que fait-on alors du droit au logement des familles pauvres ?

Au-delà des pertes en vies humaines occasionnées par ces opérations, d’énormes pertes en biens matériels en résultent également. Pourtant, si chèrement et si difficilement acquis par ces familles -. 2000 petits commerces leur appartenant ont en effet été démolis en même temps que les maisons d’habitations. Les marchandises ont été confisquées pour on se sait trop quelles raisons. C’était le patrimoine familial, la principale, voire l’unique source de revenu de ces individus. Imaginez le drame !

Est-ce donc là le prix à payer pour avoir de belles villes ? Quelle place fait-on aux droits de l’Homme dans de telles ambitions ? Cette situation remet à l’ordre du jour la très importante question de la place des plus pauvres dans nos sociétés.

A bien observer le déroulement de ces opérations à Yaoundé, il me reste l’impression qu’il y a là, au-delà du désir de faire disparaître les bidonvilles, celui aussi d’effacer les pauvres de la carte. Oui, d’effacer « cette plaie dont la puanteur infeste l’ambiance et ternit l’image de nos grandes métropoles », ce peuple au destin tragique qui n’est le bienvenu nulle part. Ces opérations de déguerpissement et de rasement de quartiers entiers ont pour moi l’odeur d’une guerre, une véritable croisade contre les pauvres. Les choses se passent là comme si les pauvres n’avaient pas droit de cité sur la terre. Mais au nom de quoi seraient-ils de trop ? et pour légitimer leur mépris de l’humanité de toutes ces personnes qu’ils oppressent et excluent, de toutes ces familles dont ils rendent encore plus terribles les situations déjà très peu vivables, ceux qui prennent ces mesures suicidaires les accablent de pseudos du genre : « sans papiers », « hors la loi », « dangers sociaux », pour se laver les mains et la conscience ! ?

Voilà comment se passent les choses dans une société qui s’obstine, au-delà de belles apparences, à développer des mécanismes d’exclusion.

Jeanne Veronique Atsam (Cameroun)

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2 réflexions au sujet de « Les pauvres et le droit au logement »

  1. 6oo logements détruit en Juillet. Le quartier est réputé coriace parce que considéré comme une niche de malfrats et de bandits de grand chemin. Il y a quelques années, Ntaba était classé parmi les quartiers interdits pour les forces de l’ordre. Même Mballa Bounou, l’ex-député maire de Yaoundé 1er qui avait s’était opposé à la démolition des maisons ici à un moment donné s’est rétracté face à la témérité de Tsimi Evouna.

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