Révolte sur toute la ligne

En 2005, furent promulguées en Allemagne de tristes lois sociales. Ces lois dites “Hartz IV” abrogeaient l’indemnité de chômage au bout de 12 mois en faveur d’un revenu de base dont les conditions ressemblent à celles de l’Aide Sociale en vigueur depuis 1963 : faible montant, contrôles, nécessité d’épuiser ses réserves personnelles, obligation d’accepter une proposition d’emploi. Alors que pendant 40 ans personne ne s’était offusqué de cette forme de gestion de la pauvreté, la menace qu’elle fit peser sur des millions de chômeurs, notamment les plus âgés, déclencha un tollé. Ce qui était censé inciter à reprendre un travail avant 12 mois s’avéra une machine à bouffer l’épargne des travailleurs et donc à préparer la pauvreté durant leur vieillesse. On “habillait Paul en déshabillant Pierre”, tout en humiliant les deux. Par ailleurs, il faut reconnaître que des formes – précaires – d’insertion par le travail ont été expérimentées pour les travailleurs les moins qualifiés.

D’ici quelques semaines, on votera dans le Land le plus peuplé d’Allemagne. Par peur du Parti de Gauche qui s’est emparé du thème de la “pauvreté décrétée”, les autres partis sont en train de revoir les conditions de traitement du chômage de longue durée.

L’on ne peut qu’en éprouver un dégoût persistant:

  • d’une évolution économique qui ne cesse de produire des coûts sociaux à long terme, chargés sur les budgets publics;

  • d’un monde politique pour qui est vrai aujourd’hui ce qui ne l’était pas il y a cinq ans, et ceci exclusivement par crainte de perdre de l’influence;

  • d’une médiatisation de l’opinion qui depuis toujours, se complaît à charger les “pauvres” tels des boucs émissaires.

Tant que la dégradation sociale concernait “la sous-couche”, cela n’importunait personne. Au début des années 1980, alors que le chômage commençait à s’étendre, le fondateur du Mouvement International ATD Quart Monde, le Père Joseph Wresinski , avait annoncé : “Ce que l’on accepte aujourd’hui pour les plus pauvres, on l’acceptera demain pour tous”. Et je ne puis m’empêcher de penser au Pasteur Niemöller , parlant du régime Nazi en 1945: ”Quand ils venaient chercher les communistes d’abord, les Juifs après, je ne me sentais pas concerné. Quand ils sont venus me chercher, il n’y avait personne pour protester.”

Aujourd’hui nous sommes tous menacés: puissions-nous apprendre à poser la justice sur ses pieds, ensemble avec ceux qui ont touché le fond et savent donc où est sa base.

Mascha Join-Lambert (Neudorf – Allemagne)

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