Quand le chemin de Damas fait un détour par Port-au-Prince

Ai-je l’humeur agressive ce matin ? Je l’avoue, j’ai quelque peine à « digérer » l’image de deux anciens présidents américains venus main dans la main à Port-au-Prince, nantis des meilleures intentions du monde, dégoulinant de compassion devant les caméras, au surlendemain du tremblement de terre, après que leurs politiques, quand ils étaient au pouvoir, aient été cause de tant de malheurs pour le peuple haïtien.

A défaut d’être une chance, Haïti ne doit-il pas une bonne part de sa malédiction historique à sa proximité avec les États-Unis d’Amérique? Le peuple haïtien a tout vécu de cet encombrant voisinage : l’invasion militaire, l’occupation « pacifique », la fuite de ses jeunes en boat people vers le mirage de la luxuriante et corrompue Floride, y compris la redoutable et étouffante générosité de l’US Aid qui fait déferler des bateaux de riz « cadeau » et anéantit ainsi les productions locales des petits planteurs haïtiens. Cette stratégie se résume en une seule attitude, celle du riche écrasant le pauvre.

On peut espérer en un Barak Obama porteur d’une « aura » sinon d’une autre vision du monde, on ne peut croire en une conversion si soudaine des Bush père et fils ou d’un Bill Clinton, jusque-là sourd et aveugle.

Et la visite du président français en exercice ne me réjouit pas davantage quand on découvre que tout compte fait, la dette effacée d’Haïti par le gouvernement français ne fait que recouvrir ce qui était prévu avant même ce 12 janvier, et encore, sans tenir compte des sommes folles versées par la fière et pauvre nation haïtienne pour le prix de sa liberté depuis près de deux siècles ou encore de l’exil doré protégé sur la Côte d’Azur du fils du dictateur : « qu’on leur rende au moins l’argent volé » clamait un prêtre.

Il en est des bons sentiments comme des larmes de crocodile, plus ils s’affichent , plus on a peine à y croire. Ils sont souvent tardifs, et pourquoi devrait-on s’en extasier ?

Ils ne sont pas les seuls. Tel ancien gouverneur du FMI ayant affamé des milliers de familles en Argentine se veut désormais leader charismatique de la solidarité entre peuples au nom de la charité chrétienne. Tel haut fonctionnaire à la retraite présidant désormais une ONG vient donner des leçons d’humanisme à chacun. Quand ce n’est pas tel ancien financier « grand bétonneur » qui donne des leçons d’écologie et des cours de développement durable…

Suis-je inconvenant en disant cela ? Ces retournements d’attitude m’évoquent l’histoire du champion olympique qui avait du rendre sa médaille après avoir été confondu pour dopage… faisant ensuite une nouvelle carrière internationale avec des tournées de conférences très bien rémunérées pour convaincre la jeunesse de ne pas se doper ! L’exemple par le contre-exemple en quelque sorte.

Bien sûr chacun a le droit de changer d’avis et de comportement. Encore faudrait-il admettre et reconnaître ses erreurs passées (ce qui est loin d’être le cas de tous !). Tout le monde a droit au pardon… à condition d’avouer la faute. Et rappelons ce principe élémentaire : le pardon appartient aux victimes pas aux bourreaux. Nelson Mandela et Desmond Tutu ajoutaient même : le pardon n’est pas l’oubli !

Pascal Percq (Paris – France)

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