Mon droit de choisir

 Voici ce que m’a partagé Philippe1 vivant depuis 10 ans dans la rue, alors que je lui parlais de participer à une manifestation pour le droit de réquisition2

« Non merci ! Moi je lutte pour ma dignité, pour un droit à vivre « normalement ». Cette histoire de réquisition ne règlera pas mon problème de logement, ni celui de mes frères et soeurs de la rue.

Au contraire, elle nous fait prendre le risque de nous retrouver devant des tribunaux et comme ça c’est sûr que plus jamais nous n’aurons un logement

Je sais bien qu’il y a des associations qui sont fortes et qui ont assez de militants pour nous protéger, qui ont des leaders qui parlent bien et fort et qui savent dire de belles choses dans les médias… mais bien souvent qu’est-ce qu’il se passe après pour les gens ? On n’en parle pas de ça, mais moi j’en connais qui sont expulsés des lieux qu’ils ont réquisitionnés, et qui trouvent parfois des places en hôtel ou en foyer, mais même pas tous…

Alors ils se retrouvent une nouvelle fois sur le carreau, et encore plus dans la mouise…

Moi tu sais je n’ai rien choisi… ni la rue, ni le chômage, ni la vie collective en foyer, ni la réquisition… non rien. Je n’ai pas choisi mon style de vie.

La misère m’a épuisé, éreinté, fatigué, mais pas au point de ne pas savoir ce que je veux pour ma vie.

Et ce que je veux c’est un vrai logement, digne, avec un vrai bail signé à mon nom, avec un loyer à payer, comme tout le monde. »

Philippe m’a vraiment fait me souvenir qu’effectivement, toutes les « solutions pansements » sont des leurres, et souvent juste un petit coup de vernis pour faire joli…

que trop souvent encore, par sincérité et volonté bien sûr, nous voulons penser trop vite pour aider les gens sans prendre le temps de les écouter vraiment…

et que surtout, au plus profond de chacun et chacune d’entre nous, et en particulier sous les couches de crasses d’une vie douloureuse, le rêve d’une vie simple et digne continue à être le plus fort.

Voilà une jolie leçon je trouve…

Claire Exertier (Val d’Oise – France)

1 Philippe fait parti du collectif SDF Alsace

2 loi, votée en 1945, qui permet au Préfet d’installer d’office dans des logements vacants depuis plus de 6 mois, des personnes mal-logées ou sans logis, et éligibles à un HLM. Une indemnité est versée au propriétaire des lieux par le bénéficiaire de la réquisition. Cette loi votée n’est toujours pas appliquée.

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