L’Afrique et le séisme en Haïti

Le 12 janvier 2010, Port-au-Prince a été dévastée par un tremblement de terre. La communauté internationale a réagi face au drame. L’Afrique a elle aussi contribué à cet élan de solidarité. Pourtant, face à l’ampleur des besoins, et à l’importance des moyens mobilisés par certains pays, des observateurs africains ont jugé la contribution des pays de ce continent insuffisante. Quant à faire l’écho de cette solidarité au niveau international, ce n’est pas à l’ordre du jour des grands médias.

Que face à cette catastrophe, on veuille faire plus et mieux pour soutenir le peuple haïtien, c’est légitime, et même louable. Rappelons que le Burkina Faso a promis, le 21 janvier dans la soirée, une enveloppe de 100 millions de francs CFA (152.000 euros) à Haïti, son « pays frère ». La Côte d’Ivoire octroie elle près de 314 millions de franc CFA, comme contribution à la chaîne de solidarité internationale, et la République Démocratique du Congo, 2,5 millions de dollars…

Certes, ces contributions, aussi importantes soient-elles au niveau des pays, restent marginales face aux moyens financiers mobilisés par d’autres acteurs : la Banque Mondiale débloque 100 millions de dollars, la France 310 millions d’euros… Mais il n’en reste pas moins que la solidarité n’est pas une transaction financière, mais une manière de vivre ensemble. Les gestes de solidarité posés par les pays africains ne peuvent se réduire à leur portée économique. Il faut en considérer les dimensions humaines et symboliques, et aussi la manière dont elle matérialise un lien, comment elle exprime une humanité commune qui impose une façon d’être ensemble pour faire face à certaines circonstances. Or, que l’Afrique actuelle se lie ainsi à Haïti, que la coopération Sud-Sud se concrétise, qu’enfin soient reconnus aux pays dits « les moins avancés » le droit et la capacité d’aider d’autres à avancer, cela fera peut-être aussi évoluer notre compréhension des relations à bâtir entre pays, et au-delà, entre individus.

Par ailleurs, le peu d’échos sur la scène internationale du soutien des pays africains à Haïti n’est que le rappel du fait que la contribution des plus pauvres au sein de nos sociétés n’est pas attendue. Il y aurait même plutôt une certaine suspicion à son égard : l’Afrique ne ferait-elle pas mieux de garder cet argent pour son propre développement ? Et qu’ont les plus pauvres à partager avec d’autres ? La mobilisation des pays africains, aussi modeste soit-elle, est le signe que c’est en repensant le partage – en étant tous acteurs –, et la valeur de ce que l’on partage – en définissant ensemble les valeurs qui nous rassemblent – que l’on découvrira de nouveaux rapports Nord-Sud respectueux, et Sud-Sud dynamiques, solidaires et forts.

Et ce ne serait pas la première fois dans l’Histoire – rappelons-nous 1804 – que Haïti ouvrirait un chemin de dignité pour l’Afrique et pour tous les hommes.

Guillaume Charvon (Burkina Faso)

 

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