Haiti, Canada, France…qui sont les véritables héros ?

Dans le journal québécois La Presse du 27 janvier, je lis que, tout comme les pompiers ou policiers qui vont en Haïti porter secours, les orthopédistes demandent à être payés selon le tarif journalier auquel ils ont normalement droit quand ils travaillent à l’hôpital, soit environ 800$ par jour. Ce serait, selon leur président, une reconnaissance de l’effort qu’ils feront !

Mais qui reconnaît (et donc alors rétribue) les efforts du peuple haïtien qui, depuis le premier jour du séisme, court partout pour sauver les siens avec comme seuls outils ses mains ? Qui reconnaît (et donc rétribue) les petites ONG présentes depuis longtemps en Haïti qui ont refusé de quitter ce pays pour rejoindre le leur, afin de continuer, sans grands moyens, à assurer leur présence, leur action, leur solidarité ?

A Vancouver, les Jeux Olympiques d’hiver se sont ouverts sur un drame, la mort d’un jeune « lugeur ». Nous savons tous que les athlètes de haut niveau ont adopté la devise olympique : « plus vite, plus haut, plus fort ». Mais quand on sait l’importance que prend désormais la science, la technologie, tant dans le domaine de la nutrition, des équipements, de la psychologie, de l’entraînement…, afin de permettre aux sportifs de gagner quelques secondes, on peut aussi se demander si nous assistons à des jeux olympiques ou à un concours scientifique ?

Les Jeux Olympiques d’hiver (ou d’été) vont-ils être désormais réservés aux seuls pays riches qui peuvent investir dans la recherche ? Et qui récompensera l’athlète qui, jour après jour, s’entraîne dans l’anonymat, souvent seul, par beau temps ou mauvais temps, avec les moyens du bord et comme seule aide « scientifique », l’effort et le dépassement de soi ?

Autre « détail » : le jour même de la cérémonie d’ouverture, le vendredi 12 février, le journal, Vancouver Sun, annonçait que le gouvernement de Colombie-Britannique allait couper 10 millions de dollars dans ses subventions aux organismes qui viennent en aide aux enfants et aux familles les plus pauvres de la province. Coût de la cérémonie d’ouverture : un peu plus de 30 millions de dollars (canadiens), coût des jeux olympiques : quelques 9 milliards de dollars… Priorité aux jeux et à ses « héros » !

Mais qui reconnaîtra les efforts, le dépassement de soi au quotidien que vivent les familles en situation de misère ?

Dans quelques jours, en France, une journaliste, Florence Aubenas, va publier un livre, « Quai de Ouistreham », où elle relate son expérience d’immersion de six mois, incognito, dans la vie, le quotidien des femmes de ménage, des travailleurs précaires. Je ne remets absolument pas en cause la sincérité et la profondeur de sa démarche. Nul doute qu’elle y aura appris beaucoup de choses qui vont transformer sa vie. Peut-être est-ce le travail des journalistes que de mettre des mots sur la réalité que vivent leurs concitoyens. Mais n’est-il pas aussi celui de donner la parole aux sans-voix, à ces travailleurs précaires, à tous ceux et celles que la pauvreté et la misère excluent de la société. J’en connais qui ont écrit des livres pour témoigner de leur propre vie (qui dure beaucoup plus longtemps que six mois) mais qui ne trouvent pas ou peu à les diffuser. Leur vie est-elle moins héroïque que celle de la journaliste ?

Bernadette Lang – Montréal (Canada)

 

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