Médias : émotion, compassion, vrai ou faux ?

Trois « regards » décalés sur l’attitude des médias et leur traitement de l’information sur la détresse sociale.

Le premier, assez récent, concerne le risque du mélange des genres dans la couverture médiatique en France du tremblement de terre d’Haïti. Ronny Brauman, ancien président de Médecin sans frontières est intervenu sur France 5 pour dénoncer la connivence de deux grands médias, France Télévision et Radio France, avec une institution qui collecte les dons, la Fondation de France. Ronny Brauman estime que cette attitude est dangereuse pour au moins deux raisons. En se transformant en « collecteurs de fonds » les médias risquent de faire perdre à leurs reporters toute distance avec l’objet de leurs reportages. Ronny Brauman pose aussi la question: pourquoi telle chaîne donnerait-elle son image à telle institution plutôt qu’à telle autre ?1

Second sujet : les migrants. Durant toute une année, Omar Ba, Sénégalais, s’est répandu dans les médias en décrivant son odyssée de clandestin et son parcours périlleux de Dakar à Paris raconté dans un livre « Soif d’Europe. Témoignage d’un clandestin ». Un récit bouleversant. Sauf que tout est faux ou presque. Omar Ba vit en France avec des papiers depuis 2003 avec un visa d’étudiant et poursuit des études de sociologie à l’EHESS de Paris. Ses incohérences ont été pointées par la diaspora sénégalaise. Il récidive avec un second livre : « Je suis venu, j’ai vu, je n’y crois plus ». Tout aussi faux. Coup double ? Contraint à avouer sa supercherie, Omar Ba se répand à nouveau dans les médias. L’affabulateur gagne sur tous les plans en notoriété. « Le problème de fond, c’est qu’Omar Ba raconte aux médias occidentaux l’histoire qu’ils voulaient entendre » commente un représentant d’association. A ce point là, c’en est presque une caricature du propos de Christian Salmon, chercheur au CNRS2.

Troisième « histoire de médias » : deux étudiants de l’Ecole des arts déco de Strasbourg Guillaume Chauvin et Rémi Hubert ont remporté le grand prix du photoreportage étudiant 2009 de Paris Match avec un photo reportage intitulé « Etudiants, tendance précaire » sur les difficultés de vie et la pauvreté en milieu étudiant, vivant dans des squats, dans une voiture, faisant la manche ou se prostituant pour pouvoir étudier. Leur reportage a été primé (5000 euros) et publié dans Paris Match. Sauf que… le jour de la remise du prix à la Sorbonne les deux étudiants ont alors révélé que tout était bidon de A à Z et réalisé avec des amis. Leur volonté : piéger Paris Match pour mettre en cause : « les rouages d’un discours médiatique basé sur le voyeurisme et la complaisance »3.

Et si Omar Ba, Guillaume Chauvin, Rémi Hubert mettaient cette fois leur talent et leur nouvelle notoriété pour témoigner vraiment de la réalité des personnes dont ils se sont emparés des conditions de vie ? Mais seraient-ils crus ?

Pascal Percq (Paris – France)

1 A voir sur France 5

2 « Storytelling » Ed. La Découverte.

3 http://guillaumechauvin.fr/index.php?/projects/a/

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