Haïti : solidaires mais de qui ?

Au lendemain du séisme meurtrier qui a frappé la capitale haïtienne, les secours se bousculent au dessus de l’aéroport de Port au Prince afin de prendre son tour pour atterrir. Le séisme n’a épargné personne : palais présidentiel, cathédrale, bidonvilles, ONU, ambassades, hôtels…

Le tremblement était prévisible selon certains experts (…comme on le dit souvent, après les évènements ), car Port au Prince est construit sur une faille. Mais Rima Elkouri, chroniqueuse du journal québécois La Presse, note dans l’édition du 14 janvier 2010 : « il n’y a pas que Port au Prince qui soit construit sur une faille. Notre planète toute entière est construite sur une faille. Une faille qui nous permet de tolérer que 20% de la population possède 80% des richesses du monde. »

Je ne suis jamais allée en Haïti. Je ne connais rien de ce pays, si ce n’est que oui, il est pauvre, mais aussi que son peuple est tellement énergique, digne, courageux, que les jeunes sont tellement fiers et amoureux de leur pays… Mais voilà que depuis le début du drame, j’ai aussi appris à connaître les hôtels Montana et Villa Créole. Je pourrais presque les situer dans la ville, tant les journaux, les radios en parlent. A croire que Port au Prince serait presque réduit à ces deux hôtels prestigieux, avec juste un petit quelque chose autour.

L’aide internationale, déjà arrivée sur place ( américaine, canadienne, chilienne, française…) y concentre ses efforts, afin de retrouver ses propres concitoyens. Et chacun de se réjouir que tant de personnes ont pu être sauvées et rapatriées…Et honnêtement, je m’en réjouis aussi pour eux.

Mais dans les bidonvilles ou quartiers populaires, les secours ne sont toujours pas arrivés. Les survivants voient les nombreux avions qui volent au-dessus de leurs têtes, mais ils restent seuls. Ils n’ont que leurs doigts pour creuser et essayer de dégager des victimes. Un homme disait à la radio, parlant de lui et quelques autres haïtiens : « nous nous sommes déshabillés afin de pouvoir faire des bandes avec nos vêtements, des garrots, des atèles… »

Citoyens inégaux dans la vie, donc inégaux dans les secours, dans la solidarité ? est-ce cela qu’il faut en conclure ?

Autre exemple de la faille sociale dont parle Rima Elkouri : les dons par cartes de crédit. La plupart des dons sont ainsi envoyés. Mais les sociétés de crédit retiennent un certain pourcentage des transactions ( qui couvre bien plus que leurs frais de transaction ). Au niveau du monde, et selon le journaliste de La Presse, Nicolas Bérubé, dans l’édition du 15 janvier, cela ferait des millions de dollars destinés à l’aide humanitaire et qui atterriraient dans les coffres des multinationales.

Peut-on alors vraiment encore parler de solidarité ?

Mais comme le dit l’écrivain Dany Laferrière, canadien d’origine haïtienne, prix Medicis 2009, présent en Haïti au moment du drame : «… ce n’est pas une catastrophe qui va empêcher Haïti d’avancer sur le chemin de la culture. Et ce qui sauve cette ville, c’est le peuple, c’est lui qui fait la vie dans la rue, qui crée cette vie… » ( La Presse, 14 janvier 2010 ).

Voilà sans doute pourquoi, des femmes qui le pouvaient ont recommencé à essayer de vendre des citrons ( tant qu’elles ont encore ), des enfants courent et jouent dans la rue…

Bernadette Lang (Montréal, Canada)

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4 réflexions au sujet de « Haïti : solidaires mais de qui ? »

  1. je trouve que le débat que soulève cet article est pour le moment stérile. Les secours n’arrivent pas dans les quartiers parce que on ne peut y aller en voiture.
    Ça ne veut pas dire que les secours sont insensibles…que les gens ne sont pas solidaires. Et puis ce n’est pas une surprise que les multinationales s’en mettent plein les poches. Ca avance a quoi d’en parler et d’en reparler.
    Et puis, oui, la vie est plus forte. Alors c’est maintenant qu’il faut construire et reconstruire encore sur les ruines. C’est maintenant et c’est dans l’action. pas dans des discours.

  2. J’attends que le mouvement médiatique s’atténue quelque peu avant de voir quels dons seraient idéaux pour ce peuple admirable.

    Je vois le commentaire de Tiphaine et je dois vous avouer faire face au même genre de critique de mon côté. Par contre, contrairement à vous, je me suis mal exprimé une fois à ce sujet et me voilà maintenant pris avec une étiquette d’insensible et, citons-le d’« égoïste déficitaire », rien de moins.

    Étrangement, je fais des dons chaque année à différents organismes et je suis conscientisé au sujet d’Haïti depuis un bon moment grâce à Dany Laferrière et pourtant, l’étiquette qui m’est apposé l’est pour la majorité par des gens que je sais ne pas donner un rond en don, même pas à Noël pour un organisme ni de vêtements pour des gens dans le besoin dans leur propre quartier.

    La tragédie d’Haïti est épouvantable, il n’y a rien à ajouter, mais comme vous je crois qu’il est bon de se poser des questions sur ce sujet au lieu de regarder les médias créer une espèce de concours « Quelles catastrophes méritent de recevoir plus de dons que les autres » et d’obéir passivement sans chercher à connaître les vrais enjeux pour ce pays pour les mois à venir.

  3. Merci Typhaine de votre réaction, disons assez « vive ». Sans vouloir me justifier, je tiens à vous dire que je suis en lien avec des personnes engagées en Haïti depuis des années, auprès des plus pauvres. Et je le suis moi-même au Canada. Et partout, en tout temps et pour quelque raison que ce soit, les plus pauvres ne sont jamais prioritaires. Ils sont toujours les éternels « oubliés ».
    Votre réaction nous pousse à aller plus loin, nous qui sommes membres de l’opinion publique. Elle nous pousse à nous demander comment nous aider à être ensemble pour ne pas être noyés dans une avalanche d’images et de nouvelles qui témoignent d’une solidarité internationale, tellement vitale, mais qui restera comme aveuglée et inefficace dans cet océan de souffrances, de vies ensevelies, de destructions si elle ne se rencontre et ne se noue pas avec la solidarité qui monte, depuis le plus profond de ce pays, de son histoire, de son âme par les bras et les mains, par le courage, l’intelligence et la foi des gens ?

    Dans les quartiers pour l’instant, les familles sont encore seules et elles savent que si elles ne s’aident pas par elles-mêmes, personne d’autre ne le fera. L’écrivain haïtien Dany Laferière dit dans une interview : « Après le tremblement de terre, ce qui a sauvé cette ville, c’est l’énergie des plus pauvres. Grâce à eux, Port au Prince est resté vivant. »

    Merci Typhaine d’aider à avancer dans cette réflexion.

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