« Entre soi » ou « entre nous », les enjeux d’une contribution africaine au développement mondial.

En parlant de quelqu’un qui partageait sa ‘‘cour’’, une amie me disait : « C’est mon frère. Cela fait plusieurs années qu’il vit dans notre cour : c’est mon frère. » Cela m’a fait pensé à ce petit livre lumineux d’Eric Maurin, paru il y a quelques années sous le titre Le Ghetto français, enquête sur le séparatisme social.

Dans ce livre, l’auteur décrit les dynamiques à l’œuvre dans le cloisonnement de la société française où les plus riches se regroupent par quartier et mettent leurs enfants dans les mêmes écoles afin de préserver au mieux leurs chances d’avenir. C’est une dynamique sociale puissante qu’Eric Maurin appelle l’entre soi.

A l’inverse, je découvre au Burkina Faso que les limites de la famille sont extensibles et perméables. Une cohabitation prolongée vaut acceptation dans la famille. On est alors dans une dynamique sociale inclusive, comme un entre nous, par référence à cet entre soi de la société française contemporaine.

Sur ces concepts d’entre soi et d’entre nous se greffent deux autres concepts féconds pour penser le type de projet de société qui se construit en Occident et en Afrique. Ici, au Burkina Faso, il existe une solidarité de type organique : le corps social a mal à l’un de ces membres, il le soigne par lui-même. En France, on pourrait considérer que la solidarité est d’ordre mécanique : la machine sociale ne fonctionne pas, le « service de maintenance » (les services sociaux) la répare.

Ces quatre concepts structurent implicitement les projets de société en jeu en Europe et en Afrique. Ils permettent donc d’en dégager des perspectives d’avenir.

L’entre nous est une dynamique sociale aussi fondamentale que l’est l’entre soi. Il détermine la condition de possibilité de la solidarité organique, comme l’organisation sociale liée à l’entre soi conditionne la solidarité mécanique. Or, s’il y a correspondance entre la dynamique sociale et le type de solidarité qui lui est attaché, il y a aussi effet miroir entre l’entre soi, l’entre nous et les solidarités spécifiques que ces dynamiques sociales déterminent.

Selon cet effet miroir, il apparaît que l’un des enjeux cruciaux de notre début de siècle serait pour l’Afrique, de trouver sa propre voie pour intégrer une solidarité mécanique – incontournable face aux transformations contemporaines de la société –, non pas à partir de l’entre soi, mais bien fondé sur cet entre nous si fécond pour le monde actuel. Cette solidarité mécanique africaine devra relever le défi de s’articuler harmonieusement à la solidarité organique, définissant ainsi un nouveau type de solidarité qui serait fécond pour l’ensemble du monde.

Pour l’Occident, l’enjeu fondamental est de réapprendre cet entre nous, et de redécouvrir dans quelles conditions une solidarité organique est possible dans son système mécanisé. L’Afrique pourrait faire sur ce point une contribution fondamentale au développement mondial, car sur ce terrain, elle n’est pas « la moins avancée ».

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