Les mille et un murs d’aujourd’hui

Le jour de la commémoration des 20 ans de la chute du mur de Berlin, je regardais les nouvelles à la télévision (journal télévisé du 09 novembre 2009 sur TV5 Monde).

Je me réjouissais devant mon écran, avec toutes les personnes qui étaient présentent ce jour là à la Porte de Brandebourg et partout ailleurs dans le monde, pour commémorer cet événement. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de penser et de me dire : et les autres murs alors, quand tomberont-ils ? Quand aurons-nous joie de célébrer cette victoire ? Parce qu’il s’agira bien de cela.

Des murs à l’image de celui de Berlin, il y en a plein de nos jours. Immatériel certes, mais non moins réels que celui qui a divisé l’Allemagne en deux parties. Ces murs : nos regards qui claquent la porte aux nez du pauvre, nos oreilles qui se ferment aux cris de leur détresse, nos gestes qui les excluent, nos paroles qui les condamnent. Ces murs, c’est le droit d’être Homme qui leur est dénié, c’est leur dignité bafouée, ce sont les portes des dispensaires et des écoles qui restent fermées aux familles pauvres, c’est le droit d’avoir un acte de naissance qui est refusé à un enfant né de parents sans domicile fixe. Ces murs, c’est notre indifférence face à tant d’injustice.

Je me souviens encore d’un homme, employé de maison dans une famille très riche. Il habitait non loin de chez nous quand j ‘étais élève. Un jour il m’a dit : « tu sais, souvent j’envie la place du chien de cette maison. Sa situation est bien meilleure que la mienne ». Que la misère réduise un homme à un rang inférieur à celui d’un animal, voilà qui est grave, 60 ans après la Déclaration Universelle des droits de l’homme. Que des enfants soient réduits à la mendicité, à l’errance, à la mort par la faim, à la mort pour cause de manque de soin de santé, alors les responsables politiques qui prétendent lutter contre la pauvreté et à qui les moyens sont donnés pour le faire brûlent des tonnes de médicaments vendus à la sauvette comme c’était le cas à Yaoundé il y a deux jours, mettant ainsi plus d’un père de famille au chômage et plus d’une famille à la rue, voilà une manière bien drôle de lutter contre la pauvreté et de promouvoir les droits de l’enfant. Loin de nous l’idée d’encourager la vente illicite de médicaments, nous déplorons l’esprit avec lequel les mesures sont prises et la désinvolture des décideurs qui n’ont nulle cure de l’avenir des personnes qui n’ont aucun autre revenu que ce commerce.

Jusqu’à quand encore ces murs ? Les murs de l’indifférence face à la misère de notre voisin, le mur de l’insouciance devant la misère que vivent tant de familles. Jusqu’à quand fermerons nous les yeux devant tant de misère et de cruauté ? Il faut bien qu’un jour ces murs tombent ! La brèche qui a permis de voir de l’autre côté du mur Berlin, le coup d’envoi à la chute du mur, c’est aujourd’hui notre refus d’accepter la misère comme une fatalité. Ouvrons là, dans nos cœurs, cette brèche, pour voir la misère de nos voisins, la misère de nos frères humains. Et faisons tomber les mille et un mur d’aujourd’hui.

Jeanne Veronique Atsam (Cameroun)

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