Soutenir les réseaux informels de solidarités pour atteindre les plus pauvres (II)

Les précarités accumulées avant une catastrophe telle que celle du 1er septembre sont des freins puissants à l’accès aux réseaux d’aides formalisés. Des familles comme celle de Zénabo demeurent dans des réseaux d’entraide informelle qui représentent souvent la sécurité des personnes très pauvres. Elles vivent dans une précarité telle que l’urgence est permanente, elles sollicitent donc dans des situations d’urgence généralisées les mêmes réseaux qui leur permettent de faire face au quotidien.

Ce fait explique en partie les difficultés confessées par un agent du Ministère de l’Action Sociale et de la Solidarité Nationale soucieux de faire son travail au mieux. Il me disait qu’au fond, les très pauvres étaient très souvent mal connus : dans l’urgence comme au quotidien, la pauvreté généralisée à laquelle les services sociaux font face fait écran et absorbe leurs efforts avant qu’ils n’atteignent les plus pauvres. Et cet agent se questionnait : n’y a-t-il pas une manière de faire à inventer pour que l’aide parviennent aussi à ceux qui sont en marge ?

Un élément de réponse pourrait être d’apprendre à identifier les réseaux informels d’entraide en développant une connaissance des liens de solidarités, même très fragiles, que sollicitent les personnes très pauvres. Certaines personnes, notamment les chefs coutumiers, les religieux et dans une certaine mesure les maires et certaines associations locales ont connaissance de ces réseaux. Elles connaissent aussi dans les quartiers les personnes – souvent pauvres ou très pauvres – qui sont acteurs de ces solidarités informelles.

Pour savoir qui aider et comment le faire, ces personnes – responsables coutumiers ou religieux mais aussi les personnes pauvres actrices de solidarités dans leur quartier – pourraient être partenaires d’un travail continu visant à s’associer pour réfléchir aux stratégies de lutte contre la grande pauvreté à mettre en place localement. Le mandat de ce travail en commun serait ainsi d’apprendre ensemble à soutenir les réseaux informels de solidarités qui sont les sécurités des plus pauvres. La continuité de ce partenariat serait le garant d’une réponse pertinente face à des situations de crises ou d’urgence.

Mais il faut être conscient qu’avancer dans cette direction impose à l’ensemble des acteurs un bouleversement dans les manières de penser et de faire. Car il s’agirait de substituer à une situation où « la main qui donne est au-dessus de la main qui reçoit » un véritable partenariat « main dans la main » avec les populations. Est-on prêt à cela ?

Guillaume Charvon (Ouagadougou – Burkina Faso)

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Une réflexion au sujet de « Soutenir les réseaux informels de solidarités pour atteindre les plus pauvres (II) »

  1. « Identifier les réseaux informels d’entraide » n’est-ce pas un objectif du « Forum Permanent  » créé et soutenu par le Mouvement international ATD Quart Monde sous l’instigation de Joseph Wresinski?

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