Soutenir les réseaux informels de solidarités pour atteindre les plus pauvres (I)

Le 1er septembre, une pluie d’une ampleur exceptionnelle a provoqué des inondations à Ouagadougou, faisant huit morts et cent cinquante mille sinistrés dans cette capitale sahélienne où la majorité des habitations est faite de boues séchées.

L’entraide s’est spontanément organisée localement. Les sinistrés étaient accueillis par des voisins ou par des membres de leur famille. Cette solidarité a ensuite rapidement été relayée par l’aide d’urgence nationale et internationale. Sous l’impulsion du gouvernement, les sinistrés ont été accueillis dans des écoles encore vides à cette époque de l’année. Aujourd’hui, pour que la rentrée scolaire puisse avoir lieu, les sinistrés sont invités à rejoindre des sites alternatifs : le plus souvent des tentes installées dans des stades ou des espaces libres.

Certains sites accueillent des milliers de personnes parmi lesquelles, pouvait-on lire dans un grand quotidien national, plusieurs centaines d’ ‘‘imposteurs’’ qui prétendaient à des soutiens auxquels ils n’avaient pas droits. Ils ont été conduits à quitter ces sites.

Une fois les premières mesures d’urgence mises en place, la présence de ces ‘‘imposteurs’’ dans les sites d’accueil des sinistrés a remis au cœur du débat la difficile question de savoir qui a droit à l’aide et qui n’y a pas droit. Or, on peut penser que si des personnes ont eu accès à une aide à laquelle elles ne devaient pas prétendre, d’autres seront sans doute restées en marge de ces réseaux de solidarité s’organisant dans l’urgence, alors même que leur situation nécessitait un recours à de telles aides.

Je pense notamment à Zénabo, une jeune maman que je connais bien. Le jour où sa maison est tombée, elle s’est naturellement réfugiée chez des voisins avec ses trois enfants. Les jours ont passé, elle a voulu avoir accès à l’aide d’urgence. Malheureusement, elle ne pouvait satisfaire aux critères qui ouvrent droit à ces soutiens. Il lui était demandé soit de rejoindre durablement un site d’accueil pour y être enregistrée, soit de présenter une carte d’identité et d’être en mesure de faire constater le sinistre par une personne chargée de l’organisation de l’aide – c’est à dire de l’accompagner avec un véhicule. Zénabo n’a ni papier d’identité, ni moyen de transport pour amener la personne sur les lieux du sinistre. Quant à rejoindre un site, tous étaient éloignés des sécurités qu’elle a patiemment bâties dans son quartier, et elle n’a pas osé prendre le risque d’affronter seule le hasard d’une vie en famille dans un site d’accueil. Comme elle ne voulait pas peser trop longtemps sur la famille qui l’accueillait, Zénabo qui a longtemps vécu dans la rue s’est décidée à retourner vers les réseaux de solidarité qu’elle savait maîtriser en ville. Elle est retournée dormir dans les rues avec ses enfants.

A suivre…

Guillaume Charvon (Ouagadougou – Burkina Faso)

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2 réflexions au sujet de « Soutenir les réseaux informels de solidarités pour atteindre les plus pauvres (I) »

  1. Cet exemple très concret est vraiment parlant de ce qui se passe quand on agit contre la pauvreté sans prendre les précautions indispensable pour que les plus pauvres soient pris en compte. Et pour ce faire, il faut connaître ces personnes et inventer le chemin avec eux, car « ça ne s’invente pas »

  2. En Europe aussi, de nombreuses familles très pauvres, issues du lieu ou d’ailleurs, comme les familles Rroms, ne peuvent souvent compter que sur les réseaux informels pour survivre. La police le sait et ce sont ces derniers qu’elle pourchasse ou auxquels elle s’oppose. En France a d’ailleurs été créé un « délit de solidarité » et ailleurs en Europe les appels à la délation visent tout autant ceux qui aident que ceux qui sont aidés…

    Bien heureuse Afrique où les choses n’en sont heureusement pas encore là (en tous cas pas partout : je ne parle pas des lieux soumis aux bandes guerrières) et où il est encore possible de réfléchir ensemble paisiblement « comment atteindre ceux qui ont le plus difficile »… et au fond, « comment permettre à tout le monde de vivre mieux »…

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