Enfances, le regard d’Alicia et le rêve d’Annick

Alicia Rojas Pauca habite le quartier de « El Mirador » sur les hauteurs de Cusco, au Pérou, un quartier très pauvre, réputé dangereux, qui a déjà fait plusieurs victimes lors de glissements de terrains entrainant les frêles habitations de fortune.

Alicia est une femme courageuse. Elle a eu une enfance très difficile sans pour autant manquer d’amour. Avec son mari, Bénigno, elle milite pour que soient respectés les droits humains. Comme beaucoup de leurs amis, parents eux aussi, elle souhaite que leurs enfants ne vivent pas la même vie que la leur. L’avenir des enfants : c’est sa grande préoccupation.

On peut lire le récit de son combat quotidien dans une des quatre monographies qui ouvrent le remarquable ouvrage coordonné par Xavier Godinot, « Eradiquer la misère » .

Alicia est venue il y a quelques semaines à Genève, pour témoigner auprès des instances internationales de ce qu’est la réalité de la vie des personnes très pauvres : « au moins ils ne pourront pas dire qu’ils ne savent pas » dit-elle.

C’était son premier voyage en Europe. A cette occasion, elle a rencontré d’autres familles pauvres et découvert leur réalité.

Elle a pu constater combien les conditions de vie – et de pauvreté- sont différentes mais aussi combien les résistances se ressemblent.

Mais ce qui a bouleversé Alicia c’est le « placement » des enfants de familles pauvres. « Parce qu’ils n’ont pas de travail, et qu’ils n’ont pas de quoi les entretenir, on enlève les enfants des bras de leurs parents. Ces familles luttent pour récupérer leurs enfants, pour qu’ils vivent avec eux. Cela me préoccupe beaucoup. J’ai beaucoup de peine d‘apprendre que de telles choses qui arrivent ici» dit Alicia.

En cette année du 20ème anniversaire de la Convention Internationale des Droits de l’enfant, l’un des premiers droits des enfants – que l’on ne distinguera pas de celui de leurs parents – n’est-il pas de pouvoir vivre en famille ?

De tous ces témoignages, sur ces souffrances intimes, sur ces décisions violentes, sur ces incompréhensions mutuelles, souhaitons en cette année que se réalise le souhait d’Annick Aubry une autre mère qui connaît la grande pauvreté et a vécu le « placement », qui rêve en ces termes en conclusion du livre de Marie-Cécile Renoux , « Réussir la protection de l’enfance. Avec les familles en précarité » : « Je fais le rêve, aujourd’hui, que le placement n’existe plus. Cela doit être un choix prioritaire et humain ; qu’il se crée un véritable service d’accompagnement des familles dans le but de laisser les enfants dans leur famille (…) Et s’il reste des enfants placés, il faudrait avoir assez d’amour envers eux pour qu’ils puissent grandir dans l’estime de leurs parents, de leur famille et de leur milieu car la réconciliation avec soi-même et les autres est très importante pour construire l’adulte. »

Pascal Percq (Paris, France)

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