Seul et perdu

Depuis quelques mois, je vois souvent ce monsieur attendre seul devant l’église de notre quartier. Pourtant je sais qu’il habite un autre quartier. Il a mauvaise mine, le teint gris, l’air triste, perdu. Je le salue. Il parle sans cesse tout bas, on ne comprend pas ses paroles. Sauf, « Yvonne. » «Où est Yvonne ? »

Yvonne c’est l’Assistante Sociale de la paroisse. Elle est radieuse, énergique, souriante, extraordinaire. Mais pour le moment, elle est malade. Elle se sent très fatiguée, car elle se donne à fond dans son travail. Et moi, je vois ce monsieur sur le banc, assis ou endormi, et il l’attend, Yvonne. Chaque minute il espère qu’elle re-apparaisse devant lui…

Je le connais un peu, parce que l’année passée, Yvonne l’avait emmené au pélèrinage de la paroisse en Israël. C’est un homme assez perdu. Si perdu, que là-bas, il a disparu en se trompant de bus. Il a pris un bus qui est reparti sur Bethléem… Après trois longues journées nous avons reçu un coup de téléphone nous apprenant qu’il se trouvait dans la prison de Bethléem. Yvonne est tout de suite repartie le chercher. Quelle joie, et bien des larmes, de le retrouver après trois journées d’angoisse.

Mais bien des gens du groupe disaient alors : « Pourquoi Yvonne a-t-elle aussi emmené cet homme-là ? C’est à elle qu’incombe la responsabilité de le prendre en charge.»

Je les ai confrontés : « Non, si on fait un tel voyage ensemble, on doit se témoigner du respect ! Un tel lieu, son histoire, devraient nous rappeler de ne pas l’isoler, mais de le prendre au milieu pour ne pas le perdre ! » Ce n’est tout de même pas un voyage où l’on ne va que pour soi. Ce serait trop facile.

Ce Monsieur me fait penser à ma mère. Elle aussi, on ne la comprenait pas quand elle parlait. Alors, les personnes, que l’on ne comprend pas, on les laisse de côté. C’est grâce à des gens engagés comme Yvonne, qui essaient de saisir la main de l’autre, que l’on arrivera, peut-être, à avancer sur un chemin vers la paix. Moi, pour le 17 octobre prochain (Journée Mondiale du refus de la misère) je rêve que cette journée permette que cet homme ose venir avec nous, voir le Maire. C’est une journée qui affirme que chaque être humain a une histoire unique derrière lui, qu’elle est sacrée… Et que l’on doit la redire et redire et redire…

Nelly Schenker, rencontrée par Noldi Christen (Suisse)

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