Par la plume…

Chaque jour qui passe nous convainc davantage de l’importance de l’éducation en général, et de son importance pour l’émergence des plus pauvres en particulier. Mais beaucoup de choses continuent de se passer et qui réduisent les chances de milliers d’enfants d’avoir un jour accès à l’éducation.

C’était en période de rentrée scolaire comme celle que nous traversons depuis le début du mois de septembre. Des centaines de familles s’étaient retrouvées sans abri quelques semaines avant la rentrée des classes. Ces familles peuplaient le quartier Ntaba. Ntaba était en effet un des plus vieux bidonvilles de Yaoundé, la capitale du Cameroun. Dans ce quartier dont je peine à trouver les justes mots pouvant décrire la situation d’extrême pauvreté et de dénuement total, vivaient agglutinées dans des habitations généralement construites en matériaux provisoires, de nombreuses familles. Malgré sa précarité, ce quartier a vu naître, grandir et mourir beaucoup de compatriotes qui n’avaient pas d’autre terre d’attache que ce bidonville. Ntaba était le chez eux. L’unique coin de terre où ils n’avaient pas peur d’affronter le regard d’autrui.

Un matin du mois de juillet 2008, les bruits de bottes et les rugissements meurtriers des engins qui démolissent les maisons ont remplacé les chants d’oiseaux qui réveillaient habituellement les habitants de Ntaba. Sur ordre de Monsieur le maire de Yaoundé, alors qu’aucune mesure préalable de recasement n’avait été engagée, le quartier Ntaba a été rasé  sans que soit donnée à ces nombreuses familles ainsi condamnées à l’errance, la possibilité de ramasser le peu de biens qu’elles jugeaient nécessaires pour commencer leur marche douloureuse vers un ailleurs incertain. Qui pourrait imaginer le torrent de larmes versées ?

Se trouver subitement sans toit, sans appui, sans repère, à quelques semaines dans la rentrée scolaire, n’aura été qu’un deuil imposé à ces infortunés. Souvent les choses se font comme si les pauvres étaient de trop sur la terre, comme s’ils n’y avaient pas droit de cité. Mais au nom de quoi seraient-il de trop sur la terre ? Voici qu’une nouvelle rentrée scolaire s’inscrit dans le temps, au cœur d’une société qui s’obstine à développer des mécanismes d’exclusion et à éloigner la plume des doigts des pauvres.

Jeanne Veronique Atsam (Cameroun)

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