La pauvreté et la race se conjuguent-elles aux États-Unis ?

L’histoire du racisme aux États-Unis comme ailleurs reste une histoire très complexe et difficile à aborder. Autrefois enracinée dans la différence entre race blanche et noire, on parle aujourd’hui d’asiatiques, latinos, amérindiens, la société est devenue multiraciale. S’il y a débat sur la question des races, celui-ci reste superficiel dans bien des cas, car la question des races reste et restera pour longtemps un sujet brûlant pour beaucoup d’américains dont la difficulté d’en parler grandit si on y ajoute la question de « classe » .
Beaucoup d’organisations des droits civiques insistent beaucoup plus sur la lutte contre le racisme aux États-Unis que sur la pauvreté.

Faut- il aborder le sujet de la race en même temps que la question de la lutte contre la pauvreté ?

Après l’ouragan Katrina, la ville de la Nouvelle-Orléans s’est vu du jour au lendemain peuplée de latinos venant du Mexique, du Guatemala, de Honduras et d’autres. Ils sont venus nombreux pour aider à la reconstruction de la ville. Aujourd’hui ils sont plus de 14,000 latinos immigrants dans la ville, il faut des traducteurs partout, à l’hôpital, dans les écoles etc. Il y a même un programme radio, télévision latino et beaucoup d’institutions ont besoin de traducteurs lorsque ces immigrants viennent demander de l’aide. La plupart de ces travailleurs sont pauvres, sans assurances, sans sécurité sociale, et avec le peu d’argent qu’ils reçoivent ils soutiennent leurs familles qui restent au pays.

A la Nouvelle-Orléans l’animosité entre les latinos et les Afro-américains devient de plus en plus perturbante. Beaucoup de familles pauvres se plaignent et disent être envahies par des étrangers qui viennent voler leur travail, leur logement, que les « Mexicains » envahissent leur quartier. Elles disent : « Ils faut qu’ils rentrent chez eux maintenant, ils prennent notre travail. Nous aussi nous sommes pauvres nous avons besoin de notre travail. » La peur de ces familles face à ce changement démographie, ne leur permet pas de comprendre aussi que ces familles latinos sont des familles pauvres, aussi.

Pour que les pauvres afro-américains et mexicains s’entendent, se soutiennent les uns les autres et trouvent un terrain d’entente, les organisations des Droits Civiques et des immigrants commencent à parler de la lutte contre le racisme « Noire et Marron ».
Tandis que les communautés afro-américaines et latinos discutent entre elles, la communauté vietnamienne s’intègre dans la ville. L’année dernière pour la première fois un Vietnamien a été élu député parlementaire.

Parfois, j’arrive a dialoguer avec des familles pour leur faire comprendre combien il est dur de quitter son pays pour permettre à sa famille de survivre. Il n’a jamais été question de voler leur travail, un travail que les afro-américains n’avaient pas de toute manière, ni avant ni après Katrina, de par leur manque d’expérience dans le domaine de la construction. Il faut savoir que cela revient plus cher d’employer un afro-américain que d’employer un latino, qui n’exige pas d’assurance et n’est payé qu’au jour le jour). La lutte n’est pas contre les latinos mais bien pour l’accès au droit au travail de chacun. Le dialogue entre les communautés continue dans ce sens et plus nombreux sont ceux qui comprennent qu’il faut se rassembler pour ce droit à un travail digne. Il y a un commencement à tout.

Maria Victoire (Nouvelle-Orléans, États-Unis)

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2 réflexions au sujet de « La pauvreté et la race se conjuguent-elles aux États-Unis ? »

  1. Malheureusement, quand la pauvreté se concentre dans certains groupes ethniques, cela ne semble pas encourager la solidarité.
    Dans « Fighting poverty in the US and Europe – A world of difference », Alberto Alesina et Edward Glaeser (2004) expliquent que la moindre générosité des politiques sociales aux USA par rapport à l’Europe serait due, en partie, à la perception de la pauvreté comme un problème de certains groupes ethniques, notamment des Afro-américains.
    Dans ce contexte, ne faudrait-il pas tenter de rapprocher les gens, de permettre qu’ils peuvent s’identifier l’unE à l’autre, malgré les différences apparentes? Le dialogue que Maria Victoire rend possible entre des personnes latino-américaines et afro-américaines va tout à fait dans ce sens!

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