Disparu des écrans-radars

Nous avons tous encore en tête la terrible tragédie survenue à l’Airbus d’Air France qui assurait la ligne Rio de Janeiro – Paris, début juin.

Et de repenser à ce radar qui brusquement a complètement perdu la trace de cet avion. D’habitude, lorsque je vois ces immenses instruments, aux abords des aéroports, je me sens rassurée : ils sont capables de localiser tous les avions du ciel ! Ce drame m’a rappelé que ce n’est pas toujours le cas. Et il m’a remis en face, aussi, du fonctionnement des radars.

L’être humain ne fonctionne-t-il pas aussi comme un radar ? Il pense en permanence, il mémorise, il regarde, il écoute tout autour de lui, histoire de s’assurer qu’il est bien en vie et qu’aucun danger ne le menace.

Nos pays ont aussi mis en place des radars. Les services sociaux, la justice, la police, etc…sont chargés de surveiller, de détecter, de signaler.

Pourtant la tour de contrôle d’un aéroport n’est pas seulement là pour réguler le trafic. Les vraies difficultés commencent lorsqu’un avion disparaît des écrans-radars, s’il est perdu, ou si sa radio-émettrice est en panne.

En ce début de nouveau millénaire, je me demande s’il ne faut pas réviser nos appareils de détection : quand j’apprends, il n’y a pas si longtemps, au Québec, qu’un père de famille, sur l’aide sociale depuis plusieurs années, est mort broyé entre deux camions-vidanges en allant chercher, pour son plus jeune fils, une bicyclette qu’il avait repérée sur un tas d’ordures. Il voulait la remettre en état pour la lui offrir. A côté de ce drame, on apprenait alors qu’un club de soccer espagnol venait « d’acheter » un jeune joueur de 24 ans, le célèbre Ronaldo, pour 145 millions de dollars, en ajoutant un salaire net d’environ 14 millions de dollars par an !

Cela ne nous révèle-t-il pas que nos appareils de détection personnels et collectifs, nos machines à penser, à sentir, à aimer se sont cassées ? Le monde des extrêmes dans lequel nous sommes plongés affole l’aiguille de notre boussole : elle n’a plus de repère. A l’heure où la pauvreté, l’aide sociale vont en augmentant, on célèbre de toute part ces jeunes sportifs, artistes, dans la vingtaine qui pour des millions de dollars chaque année, monnaient leur talent au base-ball, au hockey, au soccer ou au cinéma… Alors que pratiquement un(e) Québécois(e) sur cinq a d’énormes problèmes avec la lecture, l’écriture et donc avec la communication, Internet nous met le monde à nos pieds en quelques secondes.

Que deviennent les plus faibles, les plus lents, les plus pauvres dans cet univers où l’excellence, la vitesse, et la richesse sont référence ? Ils vont disparaître de tout radar sans avoir émis un signe à moins que notre radar personnel, celui de la solidarité, celui de la justice, celui des droits de l’Homme, celui du cœur ne se remette en marche.

Bernadette Lang (Montréal, Canada)

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Une réflexion au sujet de « Disparu des écrans-radars »

  1. Merci pour cet appel à l’eveil de nos radars personnels par la solidarité, afin que les plus pauvres ne disparaissent pas de nos écrans… L’écho de cet appel mérite de raisonner le plus loin mais surtout de toucher les coeurs de beaucoup

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