Vacances volées ?

Le temps des vacances, temps de nouvelles découvertes, me fait penser à une histoire vraie qui s’est passée dans un quartier défavorisé chez nous. La mère d’une femme pauvre est décédée en lui laissant un héritage inattendu que celle-ci devait partager avec son frère. Naît alors au milieu du deuil cette idée forte : faire un très beau voyage, pour un temps de trêve après toutes ces années de misère… Et pas seulement partir pour 3 jours, mais partir le plus longtemps et le plus loin possible! Et surtout inviter en plus des gens plus pauvres qu’elle-même ! Elle a rassemblé tous ceux de son entourage, et ils ont réfléchi ensemble. A la fin ils décidèrent de partir à Goa en Inde, pays mythique qui les faisait rêver ! Toute de suite elle prit tout en main, et retenu les places sur l’avion. Le plus beau était que cela tombait sur le temps de Noël et Nouvel An.

Le jour du décollage bien-sûr tous étaient là, toutes  les 15 personnes !  Cette mère seule comme elle, avec ses 3 enfants… Un jeune qui est orphelin, et plusieurs autres jeunes, perdus dans la rue. Il y avait aussi ce jeune qu’on voyait tous les jours dehors dans le quartier sur un banc, fumant sa cigarette. C’est une partie du peuple des pauvres qui s’élèvait au-dessus des nuages!  Quelle image, un avion du sourire des pauvres…

Puis les vacances là-bas n’ont pas été si faciles. L’argent investi dans le vol manquait à la suite pour le manger… Quand ils sont rentrés cela se voyait bien, ils revenaient amaigris. Mais ils avaient une de ces beautés dans leurs yeux… L’essentiel était là : On vivait, pour une fois, juste un moment, comme tout le monde. Respiration profonde.

Par la suite, en étudiant le courrier repêché dans la boîte à lettre, c’est le choc :  une personne avait dénoncé la femme auprès du Service Social dont elle est bénéficiaire. Elle doit passer au bureau et se justifier : « Où est passé cet argent ? » (1). Commence alors un bras de fer terrible. On lui refuse toute aide financière. Et on lui demande aussi les noms de toutes les autres personnes qui sont parties avec elle. Mais elle refuse catégoriquement de les dévoiler, car elle sait trop bien que celles-ci aussi risquent qu’on leur coupe leurs indemnités sur le champ. Suivent des semaines et des mois extrêmement douloureux… Le temps où l’on a faim dans la famille recommence. Cela dure plus d’une année. Et ces jours on l’a expulsé de force de son logement avec ses deux enfants, d’une minute à l’autre. C’est sa fille aînée, devenue adolescente entretemps, qui les accueille dans son logement à elle. C’est très étroit, mais qu’est-ce que l’on ne fait pas par amour.

Le voyage, le partage de l’héritage et ce vol fabuleux c’était du même ordre : partage par amour. Mais pour des gens qui ne savent guère ce que c’est la pauvreté de tous les jours tout cela se réduit tout simplement à un « vol » tout court…

Nelly Schenker, Noldi Christen (Suisse)

(1) En Suisse, toute aide sociale est une dette. Dès qu’elle en a la possibilité financière, toute personne se doit de rembourser les droits perçus antérieurement, ce qui crée un sentiment d’étouffement pour les familles défavorisées.

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