« Ma voix, c’est ma dignité ! »

« Petit serviteur des pauvres et de l’Iran”, c’est ainsi que Mahmoud Ahmadinejad s’est présenté devant les électeurs. Et les commentateurs ne se sont pas privés d’indiquer que le président iranien sortant, candidat des mollahs, avait fait ses meilleurs scores dans les quartiers populaires et dans les zones rurales les plus reculées. Pauvres et fondamentalistes !

 Autre élection, autre commentaire perçu en Europe au lendemain du scrutin pour le renouvellement du Parlement  européen : les « classes » populaires auraient déserté les urnes. Et la gauche en serait la première à en pâtir. Là aussi : « la faute aux pauvres »?

 Le raisonnement est un peu facile, répétitif, souvent contradictoire et rarement démontré. Un jour les pauvres ne votent pas : sous entendu « malgré tout ce qu’on fait pour eux !». Les ingrats. C’est faire peu de cas de tous ceux qui ont bien des difficultés à se faire inscrire sur les registres électoraux, parce qu’ils sont sans adresse, voyageurs ou itinérants. Ce sont pourtant des citoyens !

Autre jour, autre accusation: « ils votent mal ! » Sous-entendu : «  ils n’ont pas voté pour nous… » Et ce serait donc aussi de la faute des pauvres si le vote extrême progresse ? Quelle responsabilité ne leur colle-t-on pas ainsi sur le dos !

 A vrai dire, s’ils votent peu –ce qui reste à démontrer c’est peut être tout simplement parce qu’ils ne se sentent pas concernés par des enjeux dont ils sont les oubliés. Mais là-dessus les commentateurs sont aveugles .

 Face à cette divagation des voix, une seule solution : rétablir le vote censitaire, système qui eut son heure de gloire en France, en Belgique et en Prusse. Seuls les nantis avaient  le droit de vote !

 Gageons non seulement la démocratie n’en serait pas grandie, mais que le résultat ne serait pas plus probant. Pour preuve, j’ai été témoin de cette histoire vécue dans la banlieue de Rio de Janeiro. A la veille d’une consultation électorale, une association citoyenne avait réalisé un clip vidéo dans lequel un comédien jouant le rôle d’un candidat proposait aux quidams d’acheter leur voix contre un emploi, un logement ou de l’argent. Et les seuls qui unanimes s’emportèrent devant cette proposition, ce furent les vagabonds de la gare qui refusèrent toute tractation : « ah non, ma voix, c’est ma dignité ! » clama l’un d’entre eux. Quant aux autres…

 Pascal Percq (Paris, France)

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3 réflexions au sujet de « « Ma voix, c’est ma dignité ! » »

  1. Bravo pour la constance et la variété du Blog! Merci de nous faire réfléchir. Merci de nous élargir aux dimensions du monde.
    Merci de faire exister les plus pauvres.
    Amitié. André.

  2. En Mauritanie aussi :
    Du putschiste professionnel au « président des pauvres »

    à lire dans édition de ce jour, LE MONDE | 20.07.09 |

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