Ploy, enfant du dehors

Depuis, le coup d’état de septembre 2006, la Thaïlande traverse une période de grande insécurité politique, sociale et économique. Dans ce temps de crise, des enfants vivent des situations extrêmement difficiles. Leurs parents sont confrontés à des choix impossibles hypothéquant les chances de leurs enfants de poursuivre une scolarité normale. 0906-alain-souchard.1245313752.jpg

Dix saisons de pluie se sont écoulées dans la vie de Ploy. Ploy, elle les connaît bien les vitrines des orfèvres du quartier chinois de Yawarat à Bangkok. Son plateau de guirlandes de fleurs sur la tète, elle sillonne tous les soirs des heures durant, les rues de ce quartier. Elle marche et marche encore, en quête du pieux et généreux client.

En ce mois de septembre 2008, la saison des pluies n’en finit pas. Il est 23 H 00, Ploy n’a pas encore vendu toutes ses guirlandes. Elle continuera à sillonner les rues jusqu’à la dernière. Avec sa maman et sa petite sœur, elles ne seront de retour dans leur slum (bidonville) pas avant trois heures du matin. Aux premières lueurs du jour, Ploy se lèvera pour se préparer à aller l’école, les yeux encore plein du sommeil perdu.

Fin octobre 2008, en pleine nuit, la famille de Ploy dans l’incapacité de rembourser l’intérêt d’une dette trop importante a décidé de quitter en taxi ce slum. Dans quelques sacs, ta maman, Ploy, y a entassé vos maigres affaires. A toi Ploy, elle a confié, le plus précieux : le sac des albums photos de la famille retraçant les vingt dernières années de votre histoire. Lors de sa fuite, la famille de Ploy a juste changé de quartier.

Récemment, j’ai reçu des nouvelles de Ploy : “Ploy n’est pas retournée à l’école, elle a manqué le deuxième semestre. Elle mendie maintenant au monument de la victoire”.

La maman de Ploy réussira-t-elle malgré leur vie très difficile à faire admettre sa fille dans une école ? Ploy continuera-t-elle à embellir ses beaux jours en jouant d’un instrument de musique ?

Selon le rapport mondial 2009 de suivi de l’éducation pour tous de l’Unesco : « En 2006, 75 millions d’enfants de par le monde en âge de suivre l’enseignement primaire ne sont pas à l’école. De plus les documents de stratégies pour la réduction de la pauvreté (DSRP) ne tiennent pas compte de la situation difficile des bidonvilles (Chronic Poverty Research Centre, 2008). Les enfants vivant dans la rue sont rarement considérés comme un groupe distinct souffrant d’un désavantage. »

Face au défi d’une éducation pour tous, il est urgent de concevoir des politiques de partenariat multidimensionnel adaptées aux réalités que rencontrent les populations marginalisées dites insaisissables voir invisibles.

Alain Souchard (Bangkok – Thaïlande)

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