Le droit d’auteur, une urgence absolue !

Dernièrement, un film québécois a pris l’affiche sur nos écrans, à Montréal : Dédé à travers les brumes. Il relate la vie d’André « Dédé » Fortin, leader d’un groupe rock très populaire au Québec dans les années 1995-2000 : les Colocs. Le suicide de Dédé Fortin en mai 2000 avait créé toute une onde de choc dans l’opinion publique. Aujourd’hui, en regardant le film qui lui est consacré, j’ai subitement repensé à un témoignage tout simple, presque banal, qui m’avait particulièrement frappée au milieu des nombreux autres témoignages que ce drame avait suscités.

C’était celui d’un de ses amis qui citait une phrase d’un texte de Dédé : « la vie c’est court mais c’est long des p’tits bouts. » Et cet ami de continuer : Dédé avait emprunté cette phrase à un « robineux » (itinérant, clochard) du Plateau, un quartier de Montréal, à qui il donnait des dollars, chaque fois qu’il le croisait, pour ses droits d’auteurs.

Est-ce vraiment si banal que de voir un homme, assis par terre, en train de quêter, autrement que comme un homme à nourrir, à loger, à habiller ? Est-ce banal que d’aller un peu plus loin qu’un simple droit à la survie avec cet homme ?

Est-ce vraiment banal que de voir en cet itinérant un homme capable de savoir, de pensée ayant une signification pour les autres, capable d’humanité, capable de création ? Prendre une citation de cet homme pour une chanson et ensuite l’identifier comme co-auteur de cette création musicale reconnue par toute une génération de jeunes et moins jeunes…n’était-ce pas le considérer comme utile à l’humanité ?

Est-ce vraiment si banal de vouloir modifier cette société de l’aumône faite aux pauvres, cette société qui ne voit que la simple survie, pour commencer à bâtir une société dans laquelle tout être humain, y compris le plus pauvre, serait co-auteur, partenaire, où le droit à la culture, à la création serait de mise ?

Face à la souffrance des pauvres, on invente des réponses-urgence d’assistance. Si l’assistance a, certes, une importance provisoire, il est une urgence que l’on omet toujours d’envisager en même temps, c’est l’accès au savoir, à la culture, à la créativité.

Pour l’itinérant croisé sur le trottoir, pour la famille (les enfants et leurs parents) acculée à la souffrance de la misère, apprendre, faire grandir son intelligence, son cœur, bâtir des projets pour eux-mêmes et pour les autres, c’est aussi une urgence absolue pour réussir sa vie.

Bernadette Lang (Montréal – Canada)

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