Je suis indigné…

Hier j’ai regardé les nouvelles à la télévision flamande (journal télévisé du soir de VRT 1 du 12 mai) et je suis indigné.
Un juge de paix belge a dénoncé les couples qui reçoivent le « RMI belge » et qui se séparent. Selon lui, c’est pour toucher plus d’argent. Il avance la pauvreté comme une des raisons, et se scandalise du fait que le CPAS (Centre Public d’Aide Sociale) de Schaerbeek (commune de Bruxelles) diffuse, depuis des années, une sorte de manuel du divorce pour aider à cela.

Je suis indigné car, une fois de plus, on dénonce les gens, comme étant des « profiteurs », des « fraudeurs sociaux ». La politique de lutte contre la pauvreté dans beaucoup de pays européens a accru le nombre de droits et les allocations, entre autres pour les femmes célibataires avec charge d’enfants qui sont considérées à plus grand risque de pauvreté. Puis, pour ne pas faire de discrimination, on a élargi à des personnes seules avec charge familiale, etc.
L’individualisation des droits fait que vivre en couple ou fonder une famille n’est plus envisageable comme un projet de vie quand on est pauvre. La législation ne fait que punir les allocataires qui se mettent ensemble pour faire façe à leur situation. Une fois, cette prétendue « fraude » découverte, nous allons de nouveau assister à ce que nous avons déjà vu et vécu dans d’autres pays : le mari qui sort par la porte de derrière quand quelqu’un sonne à la porte, des listes de 8-10 pages à remplir chaque mois pour dire à quel moment et qui a passé la nuit dans votre maison (afin de vous considérer comme co-habitant pour ces jours-là), les contrôles tôt le matin pour voir combien il y a de brosses à dents dans la salle de bain… Nous sommes aussi témoins que des parents ne peuvent plus accueillir chez eux leurs propres enfants majeurs pour ne pas être pénalisés…

Quand on tombe dans ces logiques où les personnes qui vivent dans la pauvreté sont contrôlées et considérées suspectes, le pire est que le vrai dialogue entre elles et les personnes et services qui sont supposés les accompagner pour leur donner parole, droits et citoyenneté, est rendu impossible, continuellement faussé.

Une mère de famille néerlandaise me disait un jour que son mari et elle avaient divorcé, pour “pouvoir donner un peu plus de chances à leurs enfants”. Ils se sont remariés quelques années plus tard, dans l’espoir de pouvoir mieux accueillir leurs petits-enfants. Mais, autour d’eux, on disait qu’ils ne savaient pas ce qu’ils voulaient. En fait si, mais le monde alentour ne connaît ni le désespoir, ni les motifs et logiques d’action ni les projets de ces familles. Ne reste que la clandestinité que ce soit pour l’amour qu’on porte à son conjoint, ou pour des lieux et des temps d’intimité familiale avec ses propres enfants … si ceux-là n’ont pas déjà été retirés toujours à cause de cette pauvreté dont on accuse les parents d’être responsables.

Penser en termes de droit de vivre en famille, de moyens de mener une vie décente, y compris des moyens financiers, reste un défi pour tous nos sociétés. Mais le plus urgent reste le dialogue, le dialogue et les moyens de ce dialogue qui permettent aux gens de se regarder dans les yeux, pas pour s’accuser, pas pour se donner des leçons, mais pour regarder et agir pour un avenir digne de tous et pour tous.

Herman Van Breen ( Bruxelles, Belgique)

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4 réflexions au sujet de « Je suis indigné… »

  1. Votre texte est très important et réaliste. Je connais également cette mentalité institutionnelle qui fait que les plus pauvres sont marqués, contrôlés, accusés de frauder.
    Ce ne sont pas ceux-là qui fraudent. Ce sont tous ceux qui s’enrichissent aux dépends d’une société qui aurait les moyens d’être harmonie, équilibre et justice.
    Ceux qui s’enrichissent par l’injustice ne sont pas des fraudeurs, ils sont des utilisateurs d’un système qui leur permet de récupérer pour eux seuls les richesses de toute sorte. Beaucoup de Lois et beaucoup de contrats sont immensément injustes.
    Ceci est peu dénoncé, mais là réside le coeur des inégalités, et par conséquent de la misère d’une partie grandissante des populations dans tous les pays.
    Madeleine Gérald (Limoges, France)

  2. Comment transformer cette indignation en action?
    Dans le cadre de la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté qui est actuellement en train d’être élaborée en Suisse, le Mouvement ATD Quart Monde propose que l’état développe une campagne pour combattre les préjugés visant à considérer les personnes en situation de pauvreté comme des « fainéants », des « profiteurs », des « abuseurs », …. Il s’agit de créer un climat dans lequel le respect de la dignité des personnes en situation de pauvreté est vu comme essentiel dans la lutte contre la pauvreté.
    Certains groupes font croire à l’ensemble de la population que les personnes à l’aide sociale abusent de la situation et qu’elles touchent indument de l’argent pris aux autres citoyens. Depuis quelques années, cette stigmatisation des pauvres augmente et prend des proportions tellement importantes que les services sociaux sont contraints à durcir les contrôles. Au point qu’ils deviennent souvent plus des contrôleurs sociaux que des soutiens sociaux. Mon pays a une expertise reconnue au niveau international dans l’organisation de campagne pour lutter contre la stigmatisation des personnes atteintes du SIDA. Pourquoi ne développerait-il pas une campagne pour lutter contre la stigmatisation des personnes en situation de pauvreté.

  3. J’en profite pour passer mon coup de gueule aussi.

    Je n’ai pas d’emploi. Me voilà au chômage avec ma maîtrise. Fille française d’un quartier populaire, ça me fend le cœur que mes parents se soient ruinés pour financer mes études, me permettre de partir à l’étranger pour avoir les mêmes chances que tout le monde. Conscients que je n’aurai pas de « pistons » et qu’il va falloir que je me débrouille pour accéder à l’emploi.

    Quand à la TV, on nous bassine avec l’insécurité des quartiers, ça m’énerve.
    Voilà mon insécurité:
    – pas de travail avec ma maîtrise alors que mes parents m’avaient dit que grâce à l’école, je m’en sortirai
    – le peu d’argent que j’ai mis de côté, le voir se volatiliser je ne sais où parce que ma banque pourrait être en faillite.
    – ne pas avoir accès au logement ( mes parents à mon âge avaient déjà deux enfants et avaient acheté leur appartement et avaient même un CDI), oui, je sais le contexte économique n’était pas le même
    – avoir un boulot peut-être un jour, mais avec cette instabilité économique et financière, comment s’assurer de ne pas perdre son travail parce que mon entreprise est cotée en bourse?
    – les tarifs des mutuelles qui augmentent pour combler un déficit et qu’on réduise le personnel dans les hôpitaux, donc être mal soigné.
    – quand vais je pouvoir fonder ma propre famille puisque je dois changer de ville tous les trois ans? Oui, forcément, je vais là où il y a du travail.
    – et là dernière insécurité, quel monde allons nous laisser à nos enfants?

    Voilà, tout ce qui fait que je me sens en insécurité!

    Je m’en fiche qu’un gamin ait jeté des pétards pendant que j’attendais le bus. Il ne fait pas peur!
    Je m’en fiche qu’une femme mette un foulard, un chapeau ou un serre-tête. Elles ne me font pas peur!
    Je m’en fiche de passer par ce petit chemin mal éclairé le soir quand je rentre de mon cours de danse. Les gars qui traînent par là bas ne me font pas peur!

    Qu’on arrête de nous duper! L’insécurité ne se trouve pas chez les pauvres, les immigrés ou dans les quartiers populaires. L’insécurité aujourd’hui se trouve à un autre niveau. L’insécurité, ce sont les entreprises, la bourse, les hommes politiques et le système financier.

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